dimanche 10 juillet 2022

Nouvelles du 2ème trimestre 2022

Bonjour,

Les mois passent et nous voilà déjà à la moitié de l’année 2022, c’est incroyable !

Pendant que les brésiliens grelottent de froid, vous avez en Belgique et en France des périodes caniculaires, suivies d’orages dévastateurs ! Le climat est vraiment devenu fou, tout est déréglé. Au Brésil, l’hiver commence le 21 juin. Mais voilà, cette année un froid inhabituel est arrivé déjà pendant le mois de mai. Le sud du Brésil a connu des gelées et dans notre région, des nuits autour de 10° ont congelé les pauvres gens dans leurs barraques peu protectrices. Ces basses températures noctures arrivent rarement en hiver, alors imaginez en automne ! Il reste à espérer que l’hiver sera supportable. Les journées sont heureusement plus douces, autour des 20°. Les enfants arrivent le matin tout emmitouflés de la tête aux pieds. Il nous a fallu acheter de nombreux pulls, pantalons et couvertures pour beaucoup de nos enfants, car la plupart n’avaient pas le minimum nécessaire pour se protéger de ce froid anormal. Nous n’hésitons pas, dans ces situations d’urgence, à puiser dans nos ressources quotidiennes. Impossible de rester indifférents et laisser nos enfants endurer ce froid sans réagir et les aider.

Alors, chers amis, je vous le demande du fond du coeur : continuez à nous aider, à aider nos enfants surtout, et ne nous laissez pas tomber. Nous avons vraiment besoin de votre aide à tous ! 

Nous vous souhaitons à toutes et à tous de très bonnes vacances ! A bientôt !

                                                                                

                                                                                                        Evelyne



La nature se venge

A la fin de l’année 2021 et en ce début d’année 2022, le Brésil a connu des situations dramatiques dues aux pluies torrentielles qui se sont abattues sur le pays. 

Ce fut d’abord l’état de Bahia qui en a été affecté, en décembre 2021. Il y eut 24 morts, des dizaines de villes fortement inondées, 54.000 familles ayant tout perdu, et 629.000 personnes affectées d’une forme ou d’une autre par ces pluies d’une abondance hors du commun.

En janvier de cette année 2022, ce fut au tour de l’état de Minas Gerais, où nous nous trouvons, d’être terriblement touché par ces pluies torrentielles. Là aussi, une vingtaine de personnes ont perdu la vie, 45.000 familles ont perdu leur maison et tout ce qu’elles possédaient et 6.600 familles ont dû évacuer provisoirement leur maison.

Et en février, nous assistions médusés et choqués au drame de la petite ville montagneuse de Pétrópolis, dans l’état de Rio de Janeiro. Outre la destruction d’une grande partie de cette jolie petite ville historique, créée par l’Empereur Dom Pedro II en 1843, la ville ne cessa de compter ses morts jusqu’au début du mois de mars. 233 personnes ont perdu la vie, la plupart enterrées sous des tonnes de boue, et 4 personnes continuent disparues.

Notre ville de Coronel Fabriciano n’a pas été épargnée, et plusieurs familles de nos enfants ont dû quitter provisoirement leur maison, inondées par près de 2m d’eau boueuse. Une autre famille, dont nous accueillons un garçon, Jhonatan et une fille, Maria-Eduarda, ont dû évacuer en vitesse en pleine nuit leur maison, sur une colline qui commençait à s’écrouler. Ils en sont heureusement sortis indemnes, mais ils ont perdu leur maison et le peu de choses qu’ils possédaient. Nous avons fait de notre mieux pour les aider à se reloger et les équiper de l’essentiel pour vivre.

Jusqu’à quand les responsables de ce monde fermeront-ils les yeux ? C’est tellement évident, pour le commun des mortels, que toutes ces catastrophes qui surviennent à travers le monde sont dues au changement climatique ! Mais voilà, ils ne se considèrent pas comme le commun des mortels et ne voient que les intérêts financiers. Et pendant ce temps, ce sont les peuples du monde entier qui en subissent les conséquences et en souffrent.                                                         

                                                                           Evelyne

La souffrance des familles pauvres

Jhonata , 12 ans actuellement et sa soeur Maria Eduarda, 11 ans, ont été accueillis dans notre Centre en ville en 2019. La famille est composée de sept personnes : le père Eli et la mère Rosângela, et cinq enfants, quatre filles et Jhonata, le seul garçon. La famille habitait un bidon-ville à Rio de Janeiro. Leur situation se dégradait, car le père s’était retrouvé sans travail et n’avait pas droit au chômage. La famille passait par de grandes difficultés financières, ne parvenant plus à payer le loyer, l’eau, l’électricité... ni à alimenter ses enfants. La mère d’Eli est décédée et a légué à son fils une petite maison à Coronel Fabriciano. Toute la famille a donc quitté Rio et est venue s’installer ici.

Ayant entendu parler de Crianças do Mundo, Rosângela se présente un jour avec ses enfants, demandant si nous pouvons les accueillir, du moins les plus jeunes, car les deux plus grandes ont déjà 17 et 14 ans. Nous acceptons d’accueillir Jhonata et Maria Eduarda, qui ont à ce moment-là 9 et 8 ans. La plus petite doit encore attendre, car elle n’a que 4 ans. Le père  commence à travailler au noir comme aide-maçon. La vie continue bien difficile pour la famille, mais nous les aidons en accueillant deux de leurs enfants et en leur fournissant régulièrement des colis alimentaires.

Lors des pluies torrentielles de janvier 2022 à Coronel Fabriciano, la petite maison de la famille s’écroule à moitié avec l’éboulement de  la colline juste en-dessous.

Au moment des fortes pluies, lorsque les parents se rendent compte que la maison risque de s’écrouler, ils sauvent en vitesse ce qui peut l’être, en l’occurence le petit frigo, la cuisinière et une armoire de cuisine. Tout le reste disparait dans la boue. Depuis , un ami leur permet de loger dans une petite maison qu’il n’occupe pas pour l’instant. Pendant ce temps, ils ont tenté, mais en vain, d’entrer dans le programme 

d’habitation sociale de la Préfecture. Leur demande a été rejetée, nul ne comprend pourquoi ... Si cette famille ne mérite pas d’entrer dans ce programme, qui le mérite ?! Alors le père essaye de reconstruire leur petite maison, dans ce même local pourtant si dangereux ; il n’a pas d’autre choix. Il n’a pas les moyens de payer un loyer, et là au moins, c’est sa maison et il ne doit pas payer pour y vivre.

Pendant ce temps, nous aidons la famille comme nous le pouvons. Nous leur avons offert 5 lits avec matelas, draps et couvertures. Nous avons aussi effectué une collecte de vêtements, car ils n’avaient plus que ce qu’ils portaient sur eux au moment du drame. Et nous leur avons offert une table et 6 chaises que nous avions dans nos réserves chez nous. Ça leur permet de vivre plus ou moins dignement. Ils prendront tout cela lorsqu’ils déménageront pour retourner dans leur petite maison.

Jhonata et Maria Eduarda sont maintenant ici parmi nous, au milieu de la nature et bien entourés par toute notre équipe. Ils évoluent positivement et s’entendent bien avec tous les autres enfants. Mais le plus touchant, c’est de voir le lien qui les unit. Lorsqu’ils descendent du bus le matin, ils arrivent bras dessus, bras dessous, bavardant, riant souvent. Pendant les instants où les garçons et les filles sont ensemble, ils sont souvent l’un près de l’autre. Leur entente fait plaisir à voir. Et pendant qu’ils sont chez nous, ils oublient un peu combien leur vie et celle de leur famille est difficile. Depuis quelques semaines, Jhonata et Maria-Eduarda ont retrouvé le sourire, et ça, ça n’a pas de prix !

                                                                              Evelyne

Deux ans de pandémie n'ont pas suffi !

En 2020, la nouvelle année scolaire commence en février, comme c’est le cas chaque année au Brésil. Les grandes vacances d’été de décembre et janvier se terminent et l’école reprend. Mais cette nouvelle année scolaire ne dure hélas pas longtemps. A la mi-mars, la pandémie de Covid se déclenche et toutes les écoles ferment leurs portes pour tout le reste de l’année. Les enfants n’ ont donc eu classe que pendant un mois en cette année 2020, sans parler du congé de carnaval qui s’est glissé dans ce mois de cours.

En 2021, la pandémie au Brésil est tout à fait incontrôlable et incontrôlée par une politique gouvernementale absurde, honteuse, pour ne pas dire criminelle. Les centaines de milliers de morts s’accumulent au fil des jours et en cette année 2022, le Brésil continue de compter ses morts, qui ont atteint un triste niveau : 670.000 décès dûs au Covid en cette fin juin.

Pendant ce temps, les écoles publiques restent fermées, et les cours à distance ne fonctionnent pas du tout pour les enfants des quartiers pauvres, sans accès aux moyens de communication tels qu’Internet.

Voilà donc deux années d’enseignement perdues pour les millions d’enfants qui fréquentent les écoles publiques ; cela inclut bien entendu tous nos enfants. C’est absolument dramatique pour eux, et ces deux années perdues ne seront jamais récupérées, nous le savons tous.

Nous voilà en 2022. Après ces deux années scolaires nulles en apprentissage, nous espérons que cette nouvelle année va retrouver sa normalité et que les écoles vont se donner à fond pour aider les enfants à récupérer au moins un peu de leur retard accumulé. Les écoles ont rouvert leurs portes le lundi 7 février 2022. Mais voilà, nos espoirs sont décus. A la mi-mars, les professeurs des écoles de l’état entrent en grève pour revendications salariales ! Les enfants vont perdre à nouveau plus d’un mois de cours. L’école ne reprendra que fin avril... Il ne nous reste qu’à espérer que rien ne viendra plus perturber cette nouvelle année scolaire.


Les inscriptions... moments intenses

Le lundi 24 janvier, je commence à recevoir les petits nouveaux pour les inscriptions de cette année 2022. C’est émotionnellement difficile et je suis aussi un peu appréhensive, car c’était toujours Michel qui s’en occupait chaque année, et je vais prendre sa place. Je sais aussi que les choix n’étaient pas toujours faciles à faire pour lui. 

Dès les premiers jours, les petits candidats et cette fois aussi les petites candidates, se succèdent. Je les reçois tous pour l’entretien, car ils ont fait le déplacement jusque Crianças do Mundo, souvent à pied, venant de loin. Mais je ne peux hélas pas les accueillir tous. Certains n’ont pas l’âge requis (il faut avoir 8 ou 9 ans), ils sont encore trop jeunes ou bien ils ont dépassé l’âge. Pour les trop petits, il reste l’espoir d’entrer l’année prochaine ; pour les plus grands, de 10 ou 11 ans, il y la déception et le triste sentiment d’avoir perdu sa chance. Ce n’est pas toujours facile à comprendre pour un enfant. Nous ne pouvons malheureusement pas faire de miracles. Les demandes sont déjà tellement nombreuses, il faut bien établir des limites.

Pendant tout le mois de février et une partie du mois de mars, les inscriptions se poursuivent. Je reçois une cinquantaine de candidats. Les petits nouveaux entrent au fur et à mesure durant ce mois de février, et à la mi-mars, 24 petits garçons de 8 et 9 ans sont entrés, ainsi que 10 nouvelles petites filles, du même âge, également. Crianças do Mundo accueille ainsi en cette année 2022 un total de 120 enfants, 90 garçons et 30 filles. C’est le maximum possible actuellement, car la vie quotidienne est devenue très difficile. Les prix de tout se sont envolés et les dépenses mensuelles ont terriblement augmenté. Les demandes continuent d’affluer, chaque jour, et c’est très difficile de les refuser et de dire qu’il n’y a plus de places cette année. Mais nous n’avons pas le choix, il faut pouvoir tenir bon financièrement et maintenir en fonctionnement ce qui existe actuellement, c’est ça l’essentiel.

A chaque  entretien, je demande à l’enfant s’il sait déjà lire et écrire, ce qui serait normal à 8 ou 9 ans. Mais leurs réponses m’inquiètent ... presque tous me disent que non ! Et  nous constatons en effet dès les premiers jours d’énormes lacunes d’apprentissage chez pratiquement tous les nouveaux accueillis cette année. Tous les petits de 8 ans sont entrés en troisième primaire en ce début d’année scolaire 2022. En 2020, ils auraient dû faire leur première primaire, année cruciale pour la suite de leur apprentissage. Avec le Covid, les enfants de l’enseignement public n’ont pas été à l’école. En 2021, ils devaient faire leur deuxième primaire. Toujours à cause de la pandémie, ils n’ont toujours pas été à l’école. Les voilà tous en troisième primaire, alors qu’ils n’ont pas fait leurs deux premières années !... Cela signifie que tous ces  enfants de 8 ans, des millions à travers tout le Brésil, commencent une troisième primaire sans savoir ni lire, ni écrire, ni compter ! C’est absolument catastrophique et affolant !

Les enfants accueillis à Crianças do Mundo vont recevoir de l’aide sous forme de renfort scolaire, une heure par jour au moins, Cela permettra de récuperer un peu ces retards accumulés pendant ces deux années perdues. Mais qu’en sera-t’il des millions d’autres enfants de par le pays, qui ne recevront pas d’aide ? Nous sommes devant une 

génération d’enfants pauvres sacrifiés, qui n’aura aucune chance dans l’avenir. Une génération d’enfants qui sera larguée par ceux qui ont eu la chance de fréquenter une bonne école, avec au moins des cours à distance pendant la pandémie. Une génération d’enfants qui abandonnera probablement l’école face aux difficultés absolument insurmontables. Et le cercle vicieux de la misère continuera pour eux...



Encore une fois, nous ne pouvons pas faire de miracles ni sauver le monde. Mais nous allons au moins essayer de sauver tous les enfants que nous accueillons et leur donner une chance dans la vie. Leurs familles actuelles sont misérables ; mais leurs familles qu’ils construiront dans l’avenir peuvent être plus heureuses et vivre plus dignement. C’est en tout cas la chance et l’opportunité que nous voulons leur donner. Et lorsque nous regardons en arrière, vers les enfants qui sont passés par Crianças do Mundo, et la vie qu’ils mènent maintenant, je sais que nous pouvons y arriver, avec votre aide à tous !

Voici quelques-unes des bonnes petites têtes de nouveaux arrivés ! Pas toujours de petits anges, souvent à cause de sérieux problèmes familiaux, mais tous adorables malgré tout.  Et un besoin d’amour, de reconnaissance et d’affection sans limites !

Avec vous tous, nos amis de Belgique et d’ailleurs, nous allons pouvoir leur donner cet amour et l’education nécessaire pour se construire un avenir digne de ce nom. Alors restez avec nous, aidez-nous à poursuivre cette « construction » , pour que nous puissions faire de tous ces enfants des hommes et des femmes préparés dans la vie, honnêtes et heureux !

           

                                                                   Evelyne


En bref

  • Les souffrances dûes à la pandémie de Covid diminuent heureusement au Brésil,        comme de par le monde. Mais elle a tout de même fait le nombre insupportable de  670.000 morts au Brésil, jusqu’à présent, car ce n’est hélas pas fini.
  • Pendant le premier semestre 2021, il y a eu 4 féminicides par jour au Brésil, ainsi que    26.709 viols relatés. Affreux !
  • Je rencontre très souvent de nos anciens lorsque je sors. De plus en plus d’entre eux font des études universitaires, travaillant le jour et étudiant le soir. Il faut un grand courage, beaucoup de détermination et de persistance pour le faire, car c’est loin d’être évident. Peut-être sommes-nous parvenus à leur inculquer ces valeurs pendant leur passage à Crianças do Mundo. Nous sommes en tout cas très heureux et fiers d’eux !
  • Par deux fois dans le courant du mois d’avril, 7 de nos petites filles n’ont pas pu venir à Crianças do Mundo pendant plusieurs jours. Il y avait des fusillades quotidiennes entre deux bandes rivales dans leur bidonville. La population restait terrée chez elle.
  • Les élections présidentielles auront lieu en octobre de cette année. Nous assistons déjà aux jeux d’intérêts des candidats et des partis politiques. Pas beau à voir ...  mais hélas un peu partout pareil.
  • Le 25 avril 2022, nous avons fêté les 35 ans de Crianças do Mundo. Les enfants ont tous préparé des dessins ou d’adorables petites lettres, remplies d’amour et de reconnaissance envers Crianças do Mundo. Ce fut un moment de grande émotion.

    

Mille mercis !

 Lors de la précédente petite revue, je vous avais parlé de notre problème du moteur permettant d’extraire l’eau de notre puits artésien. J’avais fait un appel d’aide, car nous devions absolument remplacer ce moteur. Et bien, notre appel a été entendu et c’est formidable ! Un généreux donateur, qui souhaite rester anonyme, nous a offert le financement de ce nouveau moteur. Je vous écris ses paroles touchantes :

 « Pour un Hollandais, c’est difficile de ne pas réagir quand il lit ce message d’appel d’aide. Un Hollandais et l’eau. Mère Nature les a mis ensemble, comme amis. Donc ... ma contribution « coule de soi » - comme je comprends, c’est l’expression. » 

Du plus profond du coeur, un grand, un immense MERCI, cher Monsieur L. !!! Votre don, votre générosité vraie nous touchent intensément ! 

Je tiens aussi à remercier du fond du coeur ceux qui nous ont accordé leur aide pour l’achat des ordinateurs pour remettre en état notre salle d’informatique. Nous avons déjà pu acquérir 6 ordinateurs. Et je suis certaine que les autres suivront bientôt !

Un tout, tout grand merci aussi à vous tous, nos amis lecteurs et donateurs de Belgique, de France, de Hollande, d’Allemagne ou d’ailleurs dans le monde, qui nous suivez depuis de longues années et nous soutenez régulièrement. Grâce à vous tous, nous pouvons continuer notre travail  quotidien auprès de tous ces enfants tellement démunis devant la vie et l’avenir. Votre aide ponctuelle ou occasionnelle nous permet d’alimenter nos enfants, de les vêtir, de les éduquer, de rémunérer notre formidable équipe sans qui rien ne serait possible... En résumé, votre aide à tous nous permet de rendre nos  enfants heureux ! Merci de tout coeur à tous !

                                                                                                          Evelyne

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