dimanche 17 septembre 2017

Restez avec nous

Bonjour,

Eh bien oui ! Je suis toujours là ! Pas très en forme encore, mais je suis là ! Il s’en est fallu de très peu ! Bref, je suis revenu près de mes enfants, encore que ce soient eux qui viennent près de moi, toujours incapable de me déplacer. Mais c’est bien comme ça !
Une chose m’attriste à mon retour à la vie : il me semble que certains d’entre vous nous abandonnent car les finances de Crianças do Mundo ne vont pas trop bien ! Peu de versements, ces temps-ci, alors que nous avons tellement besoin de votre aide. Vous savez que nous ne faisons JAMAIS de dettes, ni n’entreprenons de projet sans être sûrs que nous aurons les moyens de le mener à bien. Mais la fin de l’année s’annonce difficile ! Alors, s’il vous plait, pourriez-vous nous aider encore ? Nous sommes un peu angoissés !!
Les enfants vont bien mais combien attendent encore notre aide ? Or, les résultats sont là, même s’il serait idiot de chanter cocorico ! Mais sans vous tous, nous sommes sans forces, sans possibilités d’accueil. Et moi, je ne veux pas être inutile. Alors ensemble, malgré les difficultés de toutes sortes, nous devons continuer notre lutte. RESTEZ AVEC NOUS. La situation politique, économique et sociale du Brésil est catastrophique
et il devient impossible pour les jeunes de trouver le moindre emploi sans diplôme. C’est surtout là que nous les aidons à gravir les marches de l’emploi et d’une vie familiale enfin heureuse.
Bientôt, une autre façon de nous aider sera de commander votre plus bel arbre de Noël via https://noelpourtous.be ou d’acheter notre massepain de chaque année (dumontdech@gmail.com). Un délice ! Et c’est au profit de nos enfants !
On vous embrasse et...NE NOUS OUBLIEZ-PAS !
Michel

Finalement, nous avons beaucoup de chance!

Vous tous, nos amis et lecteurs fidèles de notre petit bulletin trimestriel, savez les difficultés par lesquelles nous passons Michel et moi depuis 4 ans maintenant. Les sérieux problèmes de santé de Michel ont bouleversé notre vie quotidienne et ont changé complètement nos activités auprès de nos enfants. Mais la vie est ainsi faite et il faut accepter le destin qui nous est tracé de la meilleure forme possible, même si celui-ci nous semble parfois bien cruel et injuste.
En même temps, cette épreuve si pénible nous montre aussi combien nous avons de la chance. La chance d’être entourés de façon merveilleuse par tous nos enfants, nos grands, nos amis et toute notre équipe professionnelle, sans compter bien entendu sur le soutien inconditionnel de nos familles en Belgique. Le 20 juin, après 33 jours d’hospitalisation dont 21 en état grave en soins intensifs, Michel est libéré de l’hôpital et nous pouvons rentrer chez nous. Au départ, cela nous surprend et nous effraye même un peu, car l’état de Michel est loin d’être bon. Il est terriblement affaibli, ne sait pas marcher et souffre d’escarres terribles attrapés en UTI et demandant des soins importants. Comment allons-nous nous en sortir seuls à la maison?... Seuls?!  Non, alors là, vraiment pas!
Lorsque nous apprenons que Michel sera libéré de l’hôpital le lendemain, je me rends très vite  à la maison, à Crianças do Mundo, et j’explique la situation. Tout de suite, notre équipe se met en quatre pour résoudre les problèmes pratiques. Noraldo, notre nouveau Président, se charge d’acheter chaises roulante et de bain, matelas spécial, médicaments et tout le matériel de soins nécessaire... Nos deux maçons prennent en charge les travaux à faire dans la maison, entre autres agrandir la porte de la salle de bain où la chaise roulante ne passerait pas. Notre menuisier remplacera la porte et prend en charge la fabrication des 5 rampes nécessaires, car il y a un peu partout dans la maison des petites marches à franchir.
Losque nous quittons l’hôpital en ambulance le lendemain et que nous arrivons à la maison, tout le monde est là, attendant anxieusement le retour de Michel. Malgré son état de faiblesse, le climat est de grande joie de le retrouver et le voir revenir à la maison. A notre arrivée, tout est prêt, les rampes installées, la porte agrandie, tout le matériel à disposition... tout ça en 24 heures, c’est vraiment formidable et incroyable!
Deux de nos aînés, Webert et Ramon, sont présents eux aussi à notre arrivée et nous annoncent tout de suite qu’ils vont s’installer chez nous pour nous aider. Ils resteront tout le temps nécessaire à la récupération de Michel. J’avoue que je me sens bien soulagée à cette nouvelle. Je me demandais comment j’allais pouvoir aider Michel, seule avec lui à la maison. Car  l’aide dont Michel a besoin requiert à certains moments une force physique que je n’ai pas. Webert et Ramon ont été internes chez nous pendant une quinzaine d’années. Nous avions accueilli Webert lorsqu’il avait 8 ans; il en a 35 maintenant. Et Ramon avait 10 ans lorsqu’il est venu vivre avec nous et il en a maintenant 32. Il y a déjà quelques années qu’ils volent de leurs propres ailes, mais nous les voyons régulièrement et ils dînent souvent avec nous, car ils habitent tous deux à Coronel Fabriciano. Les voilà donc de retour chez nous pour une durée indéterminée. Leur dévouement et leur gentillesse, la façon si affectueuse dont ils s’occupent de Michel est très touchante.
Les premières semaines à la maison sont  bien difficiles, et l’aide autour de nous est vraiment la bienvenue. Soeur Laurent-Marie, une des religieuses françaises qui travaillent à la Maison du Partage et qui est infirmière, a accepté de s’occuper des soins de Michel, car ses escarres demandent des soins quotidiens. Tous les matins après le bain, elle vient faire les soins avant d’aller travailler à la Maison du Partage. Elle aussi est une aide bien précieuse. Nos deux grands s’organisent pour qu’au moins un des deux soit présent à nos côtés, à toute heure de la journée et de la nuit, c’est rassurant. Toute cette aide autour de nous est tellement importante et nous réchauffe le coeur, en cette période si pénible de notre vie.
Grande surprise aussi fin juin : ma soeur Béatrice vient nous rendre visite. Elle a décidé de quitter la Belgique pendant deux semaines, pour venir nous aider. Sa présence auprès de nous pendant ces 15 jours est pour Michel et moi un baume au coeur, un grand soutien moral, et ça nous fait un bien fou. Cela fait plus de deux ans que nous ne nous voyons pas. Nos longues conversations, ses encouragements, son soutien à tous niveaux nous aident vraiment beaucoup et son énergie et sa bonne humeur séduisent tout le monde à Crianças do Mundo. Lorsqu’elle nous quitte après ces deux semaines, le vide se fait bien sentir...
Nous sommes aussi bient entourés par tous nos enfants, qui viennent régulièrement rendre une petite visite à Michel à l’heure de la récréation, par petits groupes de 4-5. Et tout notre personnel défile à tour de rôle pour bavarder un peu avec Michel et prendre de ses nouvelles. Notre équipe pédagogique nous rassure en prenant très bien en charge le travail avec les enfants, de façon très compétente. Nous leur faisons entièrement confiance.

Les jours passent et voici maintenant deux mois et demi que Michel a quitté l’hôpital et est rentré à la maison. Sa convalescence se poursuit, avec des hauts et des bas; c’est très long et loin  d’être facile, mais son état évolue lentement. A force de beaucoup de patience et de courage, il se remet petit à petit. Nous ne voyons pas encore le bout du tunnel, mais le soutien et l’affection inconditionnels de tous autour de nous est un moteur incroyable et nous aident à ne pas laisser tomber les bras et à continuer à faire face, chaque jour, aux épreuves qui se présentent. Grands et petits sont là, quotidiennement, à nos côtés et nous ne nous sommes jamais, à aucun moment, sentis seuls et abandonnés à notre triste sort. Si tous ceux qui passent par de telles épreuves pouvaient être entourés de la façon dont nous le sommes, le monde serait merveilleux. Oui, nous avons beaucoup, beaucoup de chance!!!
Evelyne

30 ans après

Notre Crianças do Mundo a 30 ans, vous le savez. Beaucoup de choses ont changé, pendant ces années. La qualité de vie, par exemple, a grimpé de belle manière. Les supermarchés ont leurs gondoles bien fournies de produits variés et divers alors qu’ils étaient tristes et avec très peu de marchandises il y a 30 ans. Les rues de notre ville qui étaient alors de terre sont maintenant asphaltées et signalisées. Les transports publics sont bien meilleurs (bien que TRÈS chers !). Et ainsi progressent des secteurs variés de la vie commerciale et urbaine.
POURTANT tout est loin d’être doré : l’Enseignement est totalement nul et en-dessous de tout, avec des écoles qui n’enseignent plus rien sinon à faire la fête ou le chambard absolu , où les professeurs n’ont plus aucune autorité, des postes de santé ou des hôpitaux municipaux qui manquent de tout (même de sparadrap !) et ne sont plus aptes à recevoir aucun patient, des crimes et assassinats sans cesse et des autorités politiques nationales et régionales corrompues jusqu’à l’os ! Et je n’exagère pas DU TOUT ! Au contraire : en vérité, la réalité est indescriptible et impossible à imaginer pour qui ne vit pas dans ce pays par ailleurs magnifique et accueillant.
Car le Brésil est un pays magnifique aux paysages très variés et parfois époustouflants, 8.000 km de côtes le long de l’Atlantique, une forêt gigantesque souvent appelée le poumon du monde (l’Amazonie), un pays aussi de gens souvent adorables et qui se plient en quatre pour vous, une fois qu’ils vous ont adoptés.
Malheureusement, au niveau politique , économique et social, c’est le chaos absolu. La corruption atteint un niveau inimaginable et la Justice procède à des arrestations de personnalités tous les jours ! Au moins, la Justice fonctionne depuis 2 ou 3 ans et l’impunité n’est plus la règle.  Important ça !

Michel

Béatrice Wairy, soeur d'Evelyne, écrit:

Le 28 juin 2017 je m’envolais vers le Brésil. Après un long voyage, je fus accueillie à l’aéroport de Belo Horizonte par Sœur Laurent-Marie et Bruno qui ont eu la gentillesse de faire 8 heures de route pour me conduire à Criancas do Mundo. Quel bonheur de retrouver ma sœur Evelyne au bout de deux ans et mon beau-frère après plus d’année encore.
Au cours de ces 15 jours passés à Criancas do Mundo, j’ai eu la joie de voir l’état de santé de Michel s’améliorer un peu au jour le jour. Malgré beaucoup de souffrances et d’efforts pour progresser , malgré des moments de découragement profond bien légitimes et compréhensibles, Michel m’a permis d’assister , comme il me l’a dit lui-même , à « sa résurrection ».  Mais, bien sûr, le bout du tunnel est encore loin et il nous reste à espérer que les jours et semaines à venir verront s’installer une amélioration durable de son état de santé.
Malgré cette situation douloureuse, tout ne fut que bonheur pendant ce séjour . Retrouver ma sœur et mon beau-frère après tant de temps et me rapprocher encore d’eux en partageant  leur vie de tous les jours et celles de leurs merveilleux enfants, Ramon, Webert, Bruno, Wander Lucio, connus il y a 19 ans lors d’un premier séjour et avec qui j’ai passé de si bons moments, faire la connaissance de leurs gentilles compagnes, retrouver également  le personnel si dévoué et accueillant, recevoir le sourire, la chaleur de tous les jeunes enfants qui ont le bonheur de fréquenter Criancas do Mundo, découvrir la magnifique boulangerie de leur aîné Rogerio et sa femme Françoise, (une belle réussite) , visiter les autres implantations, la Maison du Partage où sœur Laurent-Marie et sœur Elisabeth font un beau travail avec les habitants des favelas, l’implantation du centre ville où José-Marie et les enfants m’ont accueillie avec des chants, des danses, des fleurs et surtout leur sourire si chaleureux , …
Malgré les difficultés quotidiennes et les défis à relever , il règne à Criancas do Mundo une atmosphère particulière : celle de la tendresse, de la solidarité et de l’amour. J’y ai ressenti un sentiment de calme intérieur, de sérénité et de paix qu’il est difficile d’expliquer à celui qui n’a jamais vécu à Criancas do Mundo. Le courage de Michel et d’Evelyne qui est à ses côtés à chaque moment avec patience et sourire malgré sa grande fatigue et ses moments d’angoisse et de découragement suscitent mon admiration. Je n’ai qu’un souhait, pouvoir retourner auprès d’eux dès que possible. Ils me manquent beaucoup. Alors je vous demande à tous : continuez à les aider , à les soutenir , eux et leur merveilleuse fondation. Ils le méritent. Merci pour eux.

Béatrice Boulanger-Wairy

Carte à Michel pour la fête des Pères

Papa,

Merci pour avoir tenu ma main dans tous les moments et enseigné tant de choses sur la Vie ; tes pas sont un exemple de vie, foi et courage.

C’est merveilleux d’avoir un père ainsi, qui a toujours donné le meilleur de lui-même envers tous . Tu es une personne admirable et mérite tout le bonheur  de ce jour.

Tu es un vrai cadeau pour tous ceux qui vivent avec toi.
Eu te Amo ! (Je t’aime !)


Cette carte me fut remise par Ramon, 32 ans, ingénieur, qui a vécu avec nous pendant une quinzaine d’année après avoir été abandonné par ses parents et avoir été jeté à la rue (littéralement !) par ses grands-parents quand il avait 10 ans! Il est revenu près de nous depuis mon retour de l’hôpital rien que pour m’aider dans ces moments très difficiles ! Et Dieu sait si son aide fut efficace et essentielle pour moi qui ne parvenait pas à lever ni bras ni jambe. Il est aussi fiancé à une adorable jeune-fille, Renata, licenciée en droit.
Cette carte m’a fait un bien fou car Ramon n’est pas du genre sentimental ou habitué à exprimer ses sentiments.
C’est bête mais je voulais vous faire partager mon bonheur !

Michel


Carte de Leia, directrice administrative de Crianças do Mundo

Bonjour, amis de Belgique!

Cela fait déjà pas mal de temps que j’attend l’opportunité de parler, même indirectement avec vous.
Pour moi, il est si facile de parler de l’endroit où j’ai passé et passe encore la plus grande partie de ma vie. Ce sont 28 ans d’apprentissage et beaucoup d’amour, mot qui , d’ailleurs, est le mot clé de notre maison Je dis « notre » parce que je sais que c’est ainsi que les personnes qui vivent ou travaillent ici se sentent, comme une extension de leur propre maison.
Quand j’ai commencé à travailler ici, j’étais une jeune fille de 18 ans et, aujourd’hui, je suis une mère de famille de 46 ans.
Je remercie le Bon Dieu pour cette opportunité car j’ai progressé professionnellement, j’ai eu la possibilité d’étudier, aller à l’Université et, aujourd’hui j’ai une vie confortable mais ce n’est pas cela que je considère le plus important. Le respect du prochain et l’amour pour l’autre, quel que soit l’autre, ça oui ce fut ce que j’ai appris de plus valorisant ici dans notre CRIANÇAS DO MUNDO !
J’aimerais tant que chacun de vous qui me lit en ce moment aie l’opportunité de connaître personnellement Crianças do Mundo.
                           
Dès que l’on franchit la grande grille d’entrée, on perçoit déjà une atmosphère différente de partout ailleurs. En plus de découvrir une nature exubérante, on sent un climat entre nous plein de paix et d’amour ! Nous tous nous respectons, même quand nous ne sommes pas très d’accord l’un avec l’autre. Ah, et les enfants ! Vous devriez les voir courir, sourire, être tellement heureux...c’est un lieu enchanteur ! J’aime vraiment Crianças do Mundo !

Durant les jours difficiles que nous avons passés (mai et juin surtout), j’ai pu réfléchir un peu plus sur tout ce que Crianças do Mundo représente, non seulement pour moi, mais pour tous ici, enfants et adultes. Avec la maladie grave de Michel (il va déjà bien mieux, heureusement !), je me suis rendu compte que Crianças do Mundo et Michel sont UNE SEULE et MÊME chose. Les jours où il n’était pas parmi nous, le soleil brillait différent, plus triste ! Michel est notre lider, homme fort dans l’action et la parole, mais de coeur doux et suave !
Lui et Evelyne nous enseignent beaucoup sur l’amour inconditionnel. Pour dire la vérité, jusqu’à vivre avec eux et les enfants, je pensais que ce type d’amour existait seulement entre personnes du même sang, mais maintenant je sais et fais l’expérience constante de cet amour qui se réalise dans le bonheur des autres. Un amour pur et vrai !
Nous percevons cet amour entre nous et essayons de le répandre. Nous sommes, enfants et adultes, une famille avec tous ses problèmes mais aussi, principalement, avec toutes ses joies, réalisations, rêves et frustrations !

Leia Bento Silva

Note.
Leia est avec nous depuis 28 ans et a été nommée récemment à la Direction Administrative (personnel, travaux, achats etc...) de Crianças do Mundo en lieu et place de Noraldo qui est maintenant retraité mais nouveau Président de l’Entité. Elle s’acquitte de ce travail avec compétence, autorité et panache !

Carte de Soeur Laurent Marie

Voilà des années que j’accompagne Mirtes, une habitante de la favela du “Padre Rocha” où se situe la “Maison du Partage”. Très discrète sur son passé, je suis pourtant arrivée à savoir que son enfance fut des plus difficiles. Si toute la famille eut à subir les conséquences d’un père alcoolique extrêmement violent et coureur de jupons, aînée des filles, elle fut aussi la victime de l’inceste durant des années. À 16 ans, elle quitte le foyer familial et commence une vie errante principalement dans les rues de Belo Horizonte, la capitale de Minas Gerais. À 20 ans naît son premier enfant, Mariana. Aucun des deux amants du moment ne voulant assumer la paternité, la vie est encore plus difficile. Il semblerait même que Mirtes ait reporté sur cette petite fille toutes ses désillusions, toute son amertume. Elle ne manifestera jamais pour Mariana la même attention que pour ses autres enfants. Naîtront ensuite deux petites filles de liaisons éphémères elles aussi.
Soeur Laurent-Marie Dans ses nombreuses activités à la Maison du Partage. Elle s’occupe des enfants de la Favela et des soins à la communauté. Elle est infirmière et a été envoyée par les Soeurs de la Providence de St André à Peltre (France) pour nous aider ici. C’est elle aussi qui se charge,avec Evelyne, des soins quotidiens à Michel (escarres).

À la mort de son père, Mirtes revient se fixer à Coronel Fabriciano où elle retrouve sa mère qu’elle adore et ses six frères et soeurs. Jolie et coquette, elle ne tardera pas à trouver un compagnon et deux autres petites filles viendront agrandir la famille qui vit dans une masure d’environ 60 m2 : une pièce obscure, toute en longueur et une sorte de véranda couverte servant de cuisine. Jusqu’à ce jour, pas une table, pas une chaise. On mange et regarde la télé assis sur les lits, on fait ses devoirs agenouillés au pied du lit...
Benedito, le compagnon, est un homme calme, doux... mais un alcoolique invétéré : “Sa mère lui mettait de la cachaça, l’alcool local, dans le biberon, pour le faire dormir”, me confiait Mirtes. Retraité suite à un accident ayant laissé des séquelles, il passe ses journées au bar et ne rentre que pour se coucher. Mirtes, elle, fait des ménages quatre ou cinq jours par semaine et les enfants s’élèvent un peu tout seuls, plus dans la rue que dans cette maison qui n’a rien pour les retenir.
Mirtes vient d’avoir 40 ans. Insatisfaite sur le plan affectif, elle finira par prendre un amant, jeune et beau mais ... alcoolique lui aussi. Enceinte, ils partiront chez les parents de ce dernier dans un coin perdu à la campagne. Mirtes a emmené avec elle ses 4 filles ainsi que Gabriela, premier enfant de Mariana dont elle a la garde juridique. Mariana est restée avec son beau-père et Albert, son second enfant.
Pendant quelques mois, nous serons pratiquement sans nouvelles. Naît un petit garçon et un beau jour, Mirtes réapparaît avec toute sa famille, excepté son compagnon. Que s’était-il passé? Mirtes s’est rendue compte que son ami avait séduit la seconde de ses filles alors âgée de 13 ans. Elle décida donc de rompre et de revenir à Coronel Fabriciano. Trop tard déjà, hélas! Albiana était déjà enceinte. Le Conseil de Tutelle pour mineurs fut actionné, mais se montrera peu efficace. L’homme, réputé violent, ne sera jamais appréhendé. Albiana décidera de retourner vivre avec lui et à 17 ans, elle se retrouvera avec 3 enfants. Comme, depuis le premier jour, elle se montre incapable de les élever, deux seront à charge de Mirtes et la petite dernière à celle d’une famille d’accueil.
Le Conseil de Tutelle fait une apparition de temps à autre et menace régulièrement de retirer les enfants à cause de la précarité de l’habitation. Il est vrai que les conditions de logement sont lamentables, l’hygiène précaire... mais que peut faire cette femme?
Elle s’est mariée il y a deux ans, le rêve de sa vie!  Jailton est un homme sobre et travailleur. Mais depuis un an, il est venu agrandir la liste des 14 millions de chômeurs du Brésil. L’argent que Mirtes gagne en faisant ses ménages suffit à peine pour l’alimentation, l’eau, l’électricité, les médicaments... La Conférence de St Vincent de Paul a déjà étudié le cas, mais il est vrai que la situation est difficile. La maison est encastrée dans la favela sans le moindre espace pour agrandir. Les murs, régulièrement infiltrés par l’eau de pluie ne supporteraient pas un étage supérieur. Nous essayons actuellement de faire quelques petits aménagements, carreler le sol de terre battue, repeindre les murs intérieurs...
Si le cas de Mirtes est extrême, il n’est malheureusement pas le seul. Le gouvernement actuel, plongé dans des affaires de corruption qui dépassent l’entendement, ne pense qu’à se maintenir au pouvoir coûte que coûte, à promouvoir des lois qui bénéficieront surtout une certaine classe. Comme toujours, le peuple est la victime d’une malhonnêteté qui, comme un cancer, n’a fait que croître depuis des décennies.
Mais ne perdons pas courage. Si la lutte est difficile, l’espoir de jours meilleurs est toujours vif en nous.

Soeur Laurent Marie