jeudi 14 juin 2018

Numéro 144

Bonjour,

Grève des professeurs, grève des camionneurs, le Brésil est en plein chaos économique et social ! Les grèves continuelles des professeurs touchent profondément l’évolution intellectuelle des enfants et cela SE VOIT ! Celle des camionneurs a paralysé le Brésil entier pendant plus de 12 jours ! Quelle catastrophe économique et cela à 4 mois des élections ! On vous en parle plus loin !

Chez nous, on s’en sortait malgré tout ! Pendant les grèves, les enfants passaient toutes les journées chez nous et nous tentions de compenser écoles et approvisionnement bloqué ! Les parents nous en étaient très reconnaissants ! Et les enfants, donc !

Sinon, l’hiver est là et on supporte très bien une petite laine le matin (avec 14-15º) !

Merci, vraiment du fond du coeur, à ceux qui nous ont soutenus en ce début d’année un peu difficile et nous ont permis d’accueillir plus d’une trentaine d’enfants en plus. Mais il faut continuer, parler autour de vous de notre projet brésilien, nous fournir des adresses pour envoyer à d’autres ce petit bulletin, organiser des choses comme le parrainage organisé par la famille de Jean-François Dierckx lors des 20 km de Bruxelles (Running for Brasil) ou des opérations lors de mariages, naissances et autres événements dans lesquels on suggère de partager le bonheur avec nos enfants du Brésil.

Ou, tout simplement, faire un versement au compte. Je vous assure que cela en vaut la peine ! C’est pour que vous le sachiez que nous éditons tous les 3 mois un petit bulletin comme celui-ci ! Avez-vous remarqué ? Nous en sommes déjà au numéro 144 ! Multipliez par 3 (trimestriel), cela fait 432 mois OU 36 ans !!!

DE MERVEILLEUSES VACANCES D’ÉTÉ À CEUX QUI EN PRENNENT ET PLEIN, PLEIN DE SOLEIL ET DE BONHEUR POUR TOUS!

           
            Evelyne et Michel
             van der Meersch




Il est parti sans un adieu...

Il s’appelait Adilson, il avait 45 ans. En ce samedi 24 mars 2018, un de nos fils aînés nous a quittés brusquement. Il s’est tué dans un accident de voiture inexpliqué. Seul, dans une ligne droite, sans aucun obstacle, il a subitement traversé l’autre voie et a frappé le talus. Il a probablement été victime d’un malaise au volant. Il laisse une jeune femme, Célia, de 43 ans et une fille, Isabelle, de 18 ans.


Nous avons rencontré Adilson lorsqu’il avait 10 ans, à notre arrivée au Brésil en 1983 à la Cidade do Menor, dans la ville de Coronel Fabriciano.  Dès le premier jour, nous avons assumé une maison de 18 adolescents, entre 10 et 16 ans. Adilson était le plus jeune du groupe et très petit de taille, d’où son surnom de “baixinho”, “petit”. Adilson avait été accueilli à la Cidade do Menor à l’âge de 8 ans, après le décès de sa mère, disparue très jeune d’un cancer. 

Son père, alcoolique, était incapable de s’occuper de ses 4 enfants. Adilson avait deux soeurs un peu plus âgées et un petit frère, Roberto, de seulement 1 ans, pris en charge par une tante. Les deux soeurs ont été placées dans des familles d’accueil et Adilson a perdu le contact avec elles.

Nous avons vécu 2 ans et demi à la Cidade do Menor. Et lorsque nous sommes partis créer le Lar do menor dans la ville voisine d’Acesita, 4 de nos garçons nous ont accompagnés, Rogério, Ailton, Wanilson et Adilson. Ces quatre aînés nous ont aidés à créer une nouvelle famille au Lar do Menor et à accueillir de nouveaux enfants. Lorsque le Lar do Menor a été assumé par les brésiliens, nous sommes revenus à Coronel Fabriciano, afin d’y créer notre projet de coeur, Crianças do Mundo, où nous sommes depuis 31 ans. Tous nos enfants du Lar do Menor nous ont accompagnés, et d’autres enfants y ont été accueillis après notre départ. Nous avions à l’époque 20 enfants, dont nos 4 aînés. Adilson avait alors déjà 15 ans.

Peu de temps après notre installation à Crianças do Mundo, Adilson nous a demandé si nous serions d’accord d’accueillir son petit frère Roberto qui avait 8 ans à l’époque. Celui-ci vivait depuis tout petit chez sa tante, à Governador Valadares, une ville située à environ 100 km de chez nous. Adilson allait y passer les fins de semaines de temps en temps, gardant ainsi le contact avec Roberto. Nous étions bien sûr d’accord, mais il fallait l’accord de sa tante. Je m’y suis donc rendue pour en parler avec elle, et malgré que ce fut dur pour elle de se séparer de Roberto, elle a accepté, sachant que ce serait bien pour les deux frères de se retrouver et de pouvoir enfin vivre ensemble. Elle vivait aussi dans des conditions bien difficiles, et elle était consciente que nous pourrions lui offrir des possibilités d’études et d’avenir qu’elle-même ne pourrait pas. Ce fut un sacrifice d’amour pour elle, pour le bien de Roberto. Les deux frères ont bien entendu été lui rendre visite par la suite et passer des fins de semaine avec elle régulièrement.

Depuis tout petit, Adilson avait un rêve : il voulait être chauffeur de camion.  Pas très assidu à l’école, nous l’avons tout de même poussé et soutenu jusqu’à la fin de ses primaires (8 ans d’étude). N’ayant pas envie de faire un secondaire normal, Adilson a choisi de faire un secondaire agricole, dans une petite ville située à plus de 2h de route de chez nous, Virginópolis. Les études ne furent pas une réussite ... mais Adilson y a rencontré une jeune fille très gentille, Célia! Il avait 18 ans et ne souhaitait finalement qu’une chose, passer son permis de conduire. Nous l’y avons donc aidé et petit à petit, il a tiré les différents permis jusqu’au dernier, le permis E, lui permettant de conduire bus et camions. Il voyait petit à petit son rêve se rapprocher. Lorsque nous avons créé nos ateliers de formation professionnelle, entre autres une boulangerie, nous avons dû acheter un petit camion de livraison, qui nous permettait de livrer tous les pains fabriqués chez nous aux différents supermarchés de la région. Nous avons alors engagé Adilson comme chauffeur de Crianças do Mundo. Qu’est-ce qu’il en fut heureux! Son rêve se réalisait! Pendant 3 ans, Adilson a fait toutes les livraisons, conduisant notre petit camion. Très sérieux au travail, conduisant très bien, il n’a jamais eu aucun problème. Sa relation avec Célia a continué malgré la distance et il allait régulièrement à Virginópolis les fins de semaine, dans la famille de Célia où il était très bien accueilli.

Jusqu’au 24 juillet 1994 où notre Adilson a épousé Célia. Ils se sont installés à Virginópolis et très vite, Adilson a été engagé dans la société Simões, une grande société de transport de bois. Pendant près de 20 ans, Adilson a été chauffeur de poids lourds chez Simões, et il y était vraiment heureux, il faisait le travail qu’il aimait et dont il avait toujours rêvé. Ils ont eu leur fille Isabelle et régulièrement, ils venaient passer le dimanche chez nous. De temps en temps, je prenais la Kombi que je remplissais d’enfants et nous allions leur rendre visite chez eux à Virginópolis.

Adilson a vécu 12 ans avec nous et nous avons gardé le contact avec lui pendant ses 23 ans de mariage. Depuis son enfance, Adilson a toujours été un enfant joyeux, insouciant et espiègle. Le seul soucis qu’il nous a donné fut au niveau des études,  il n’aimait vraiment pas l’école. Mais il a trouvé sa voie, il savait ce qu’il voulait faire dans la vie et il tout fait pour y arriver. A sa façon, il a réussi sa vie et a été heureux dans la petite famille qu’il a construite. Son frère Roberto est aujourd’hui aussi marié et père d’un petit garçon de 11 ans, Youri. Le décès d’Adilson l’a terriblement bouleversé.

Adilson était comme un fils pour nous. Malgré la distance qui nous séparait, il était resté très proche et nous étions heureux de le savoir bien avec sa petite famille et satisfait de la vie qu’il avait construite. Son absence est un grand vide dans notre famille de Crianças do Mundo. Et nous tentons de rester aussi proches que possible de Célia et d’Isabelle. La vie apporte ses joies mais aussi ses peines, il faut y faire face. Rien ne sert de chercher le sens de ces épreuves, il faut les accepter et continuer.

Adilson restera toujours dans nos pensées et dans nos coeurs; et les nombreuses photos et les innombrables souvenirs que nous avons de lui ne disparaîtront jamais.

Evelyne

Et de nouveau: la grève des professeurs...

C’est une vraie plaie : pratiquement chaque année, les professeurs entrent en grève, pour réclamer des salaires, des conditions de travail, des avantages spéciaux...mais JAMAIS ne parlent d’amélioration de la qualité de l’Enseignement. Résultat : ce sont les enfants qui paient et ne s’intéressent absolument pas à l’école et aux études  puisque les profs eux-mêmes s’en fichent !

Cette année, l’année scolaire devait débuter le 5 février , après les grandes vacances scolaires de décembre et janvier. L’Etat a décidé de reporter la rentrée au 19 février ! 15 jours de vacances en plus au grand désespoir des parents qui ne savent comment garder leurs enfants à la maison car ils doivent travailler, eux ! Peu après cette rentrée déjà perturbée, le syndicat des professeurs déclare un mouvement de grève illimitée des professeurs ! En résumé, cela signifie que, du 5 février au 23 avril (date de fin provisoire de la grève),  les enfants auront été à l’école moins de 2 semaines !!

Et pendant ce temps, nous prenons le relai en recevant tous les enfants toute la journée avec des heures d’études et des heures de sport ! Mais voilà pourquoi le Brésil est toujours dans les dernières places dans tous les tests internationaux ! C’est déprimant !

Michel

... suivie de la grève nationale des camionneurs

On n’en a pas parlé dans les journaux belge et je ne sais pas pourquoi ! Les camionneurs brésiliens ont commencé une grève totale qui a arrêté TOUT LE PAYS et a eu des conséquences énormes ! Cette grève, commencée le 21 mai, a duré plus de 10 jours, suffisants pour coûter des dizaines de milliards d’euros dans tout le pays . Les conséquences :

  • Plus de diesel pour n’importe quel transport,,,
  • Plus d’essence pour les voitures...les employés n’arrivent plus au travail !
  • Plus de kérosène pour les avions...
  • Plus de lait, oeufs, viande, légumes... puisque plus de transport.
  • Plus de médicaments ni oxygène pour les hôpitaux !
  • Plus d’écoles pour les enfants ! (après la grève des profs !)
  • Plus de transports publics (ni bus, ni taxis)
  • PLUS RIEN !!


La sidérurgique USIMINAS , la plus grande d’Amérique Latine et qui fonctionne près de chez nous et est le soutien de la Fondation Saint François Xavier (avec laquelle nous tentons une collaboration), eh bien, cette usine ne peut plus fabriquer son acier par manque de produits qui entrent dans sa fabrication (minerai de fer, carbone etc...) et est menacée de faillite !
Des transplantations de foie et autres ont dû être reportées, des tas d’opérations chirurgicales aussi, plus de 700 millions de poulets sont morts de faim (les transports d’alimentation animale n’arrivaient plus !). Rappel : le Brésil est le plus grand producteur de volailles du monde ! Le bétail destiné à l’abattoir n’était plus transporté non plus et mourait de faim dans les étables.
Des centaines de millions de litres de lait ont dû être jetés pour manque de transport vers les coopératives et les usines , les vaches ne faisant pas grève, elles ! Les fruits et légumes n’arrivaient plus sur les marchés, les médicaments, le transport des ordures...etc...etc... Le gouvernement était arrivé à un accord avec les grévistes (en leur donnant satisfaction sur toutes les revendications !!) mais la grève a continué plusieurs jours encore, des casseurs ou infiltrés non camionneurs empêchant ceux-ci de repartir, employant menace et violence physique ! Le 30 mai, l’armée et la marine ont dû intervenir pour libérer le Port de Santos. Cette grève a duré plus de 10 jours mais il faudra 2-3 semaines pour reprendre un rythme de vie quasi normal !
Voilà ce que nous avons vécu fin mai chez nous ! Même ainsi, nous avons pu continuer nos activités avec les enfants (sans écoles) en horaire spécial (10h–17h) et nous arrivions à aller les chercher dans leurs quartiers ayant pu faire juste à temps le plein du réservoir de tous nos véhicules en début de grève ! L’après-midi du même jour, il n’y avait plus une goutte de carburant dans les stations services ! Le plein de  nos réserves alimentaires avait été fait la veille du début de la grève ! La Providence nous a protégés ! Mais avec des dizaines de milliards de dollars de préjudice (usines arrêtées, production en panne, industries sans les produits nécessaires pour fabriquer, les petits fabicants liés aux industries -inox, par exemple- en difficultés)...comment le Brésil va-t-il se relever de cet immense coup de massue économique ? On le saura bientôt mais l’optimisme ne règne pas !
Michel

Un jeune garçon formidable !

Marco Antônio est entré à Crianças do Mundo au mois d’aôut de 2009! Il avait alors à peine 8 ans! Un petit garçon adorable, souriant , bien élevé et serviable. Il appartient à une famille très humble et pauvre mais exigente ! Il n’a jamais donné de problèmes ni chez nous, ni à l’école au long  des 9 années déjà passées à Crianças do Mundo. Depuis 2 ans, il travaille à Crianças do Mundo, d’abord comme moniteur à mi-temps (avec école l’autre mi-temps) et depuis cette année en temps plein (avec école le soir !). Bon ! il a un régime un peu préférentiel : comme il étudie le soir, il ne doit venir chez nous qu’à 9h30, le matin, il a une heure pour le repas de midi (chez nous aussi) et est obligé de faire une heure d’étude tous les jours de 12h30 à 13h30 avec professeur à disposition si nécessaire !



Le reste du temps sont des remplacements du « vieux »  Michel (accompagnement dans les bus, douches des enfants et autres) et activités sportives aidant le professeur des sports. Il est adoré par les enfants, est d'un calme remarquable mais exigeant et juste ! Et il s’occupe de chacun avec une attention de grand frère ! Bref, une perle et un garçon très intelligent qui s’intéresse à tout et observe tout.  L’an prochain, en février, il entrera à l’Université pour des études de Droit et nous continuerons, bien sûr, à le soutenir. Il le mérite tellement ! Pour nous, lui aussi est comme un fils !
Michel

Crianças do Mundo: lieu de paix, sérénité, amitié profonde et lutte ensemble pour un avenir meilleur

C’est fou ! Cleiton, un ingénieur civil issu de Crianças do Mundo et qui, voulant trouver un appartement partagé à Belo Horizonte (2.500.000 habitants), loue une chambre dans un appartement à 3 locataires. Et qui rencontre-t-il comme co-locataire ? Douglas, un ancien de Crianças do Mundo aussi ! Et c’est comme cela souvent, à Belo Horizonte, São Paulo ou Rio de Janeiro. Les anciens de Crianças do Mundo se rencontrent, se retrouvent. Ici même, dans notre ville, ils forment des groupes de 10 ou 12 pour se retrouver pour un barbecue, un match de foot ou pour nous visiter ! C’est formidable, cette ambiance et ce sentiment d’appartenir à la même famille, la grande « Famille Crianças do Mundo ». Et tout le monde s’entraide, se défend, se retrouve avec joie !
Quand on voit ça, on se dit qu’avec un personnel formidable, on a quand même réussi quelque chose de beau, à Crianças do Mundo et que l’on est arrivé à transmettre amour, tendresse, amitié , solidarité et lutte pour réussir sa vie! C’est chouette, nom d’une pipe ! C’est un cocorico ? Tant pis ! Mais c’est comme ça !

Bon ! Parfois il y a eu aussi des « couacs », des échecs désolants mais ils sont infiniment peu face aux plus de 2.000 enfants qui ont passé des années à Crianças do Mundo !
Nous avons toujours eu de la chance de vous avoir avec nous car cette grande famille vous en êtes les Parrains et Marraines ! Cela a vraiment valu la peine, vous le savez, le voyez, le sentez. Alors, por favor, continuez à être heureux AVEC NOUS !

Nous avons encore bien besoin de vous MAIS vous avez aussi besoin de nos enfants pour vous sentir utiles et heureux, non ?! Alors... soyez heureux !!!

Les activités avec les enfants


Voici, ci-dessous, la liste des activités journalières des enfants à Crianças do Mundo :

  • Petit déjeuner, goûter et repas complet chaud le midi, goûter et lunch vers 16 h. 
  • Etude dirigée, renfort scolaire, alphabétisation si nécessaire, 1 ou 2h /j 
  • Prise de conscience de l’importance des études, de la discipline et de la lutte pour arriver à un meilleur avenir familial et professionnel. 
  • Jeux de manière organisée pour expérimenter une intégration sociale meilleure et, de cette manière, apprendre à partager, savoir perdre et savoir gagner, prendre conscience de l’autre et de l’indispensable discipline. 
  • Pratique des sports tous les jours tels que football, basketball, volleyball, natation, etc... 
  • Prise de conscience de l’importance de la nature, de la bonne alimentation, du respect de l’autre. 
  • Notions d’informatique, d’expression corporelle, d’habileté manuelle, de théatre et d’expression en public. 
  • Mise à disposition des enfants de pédagogues, psychologues, assistante sociale, éducateurs, professeurs, personnel administratif, personnel technique de manutention etc... beaucoup d’entre eux disposent d’un diplôme supérieur et travaillent à Crianças do Mundo depuis plus de 20 ou 25 ans !