dimanche 18 décembre 2016

Meilleurs voeux!

Bonjour,
Nous voici arrivés à la fin d’une année très difficile pour le Brésil. Son Économie est au plus bas, le chômage est énorme, le système de Santé Publique est dans un chaos total, l’Enseignement n’existe pratiquement plus, la corruption est partout et les prisons pour corruption innombrables dans la gente politique (ministres, Sénateurs, Députés, anciens Gouverneurs (2) de Rio...). C’est fou et il ne se passe pas 1 jour sans de nouvelles arrestations !
C’est dans ce climat que nous continuons notre travail auprès des enfants, très souvent pour remplacer les parents dans leurs défaillances éducatives graves.
Notre projet de collaboration avec la Fondation São Francisco est un peu au point mort en cette fin d’année, mais entre les mains de leur Conseil d’Administration après l’étude positive du Conseil de Direction. Patience !

Nos enfants terminent leur année scolaire début décembre et vont donc entrer dans les grandes vacances d’été. Une température de 37 ou 38º pendant la journée devient suffocante et presque désagréable ! Mais avec un bon ventilateur, on survit !

À vous tous qui nous aidez depuis si longtemps, nous vous supplions de rester avec nous et nos enfants et vous souhaitons , du fond du coeur, SINCÈREMENT, une

MERVEILLEUSE FÊTE DE NOËL etUNE DOUCE ANNÉE 2017 !


Les Opérations « NOËL POUR TOUS » et « MASSEPAIN » ont splendidement marché !!

MERCI À TOUS, du fond du coeur de nos enfants !

Un vrai lutteur

Il y a quelques années, en 2012, Oliette, la maman d’un de nos enfants, est décédée d’un cancer du sein. Elle a beaucoup souffert, pendant de longs mois, avant de quitter sa famille. Et nous l’avons accompagnée du mieux que nous le pouvions jusqu’à la fin. Soeur Laurent Marie, une des religieuses françaises qui travaille à la Maison du partage, dans la favela du Padre Rocha, est infirmière et a été présente au quotidien auprès d’Oliette qui vivait justement dans ce quartier pauvre. Des soins quotidiens étaient nécessaires, entre autres des pansements au niveau du sein; des soins très pénibles pour Oliette qui souffrait terriblement, mais aussi pour qui devait les donner, car l’état de la malade était assez épouvantable.
A l’époque, soeur Laurent Marie se rend donc tous les jours auprès d’Oliette pour ces soins, et elle y rencontre régulièrement un jeune de 17 ans, Rodrigo, qui vient là pour aider. Lui aussi habite la Favela «  Padre Rocha » depuis toujours, et il est au courant de la situation dans la famille d’Oliette, car ils sont presque voisins.  Il demande un jour à soeur Laurent Marie s’il peut l’aider à prendre soin d’Oliette. Il semble tellement désireux de donner de son temps et de son aide qu’elle accepte. Et pendant de longs mois, jusqu’au décès d’Oliette, Rodrigo est là, au quotidien, assistant du mieux qu’il le peut, avec beaucoup de gentillesse et d’attention. Je suis présente un jour lors de ces soins, et la façon dont Rodrigo aide à s’occuper d’Oliette est vraiment remarquable, assez étonnante même pour un garçon de cet âge qui pourrait avoir d’autres occupations comme tous les jeunes de son âge. Je sens chez lui une vocation, un désir d’aider les autres et ça vaut la peine de voir un peu plus loin!
Nous connaissons un peu la famille de Rodrigo, car son petit frère de 9 ans, Irã, est passé par Crianças do Mundo quelques mois, mais il n’y est pas resté, car il n’aimait pas étudier et ne voulait pas aller à l’école. Leur famille est assez misérable et il n’y a que Rodrigo parmi les 3 garçons de la famille qui fait des études. Il est en deuxième année du  secondaire (qui en compte 3 en tout) et semble bon élève. Je lui demande un jour s’il aimerait faire des études d’infirmier, puisqu’il manifeste un tel intérêt à s’occuper des malades. Et il répond que oui, mais ce n’est pas possible, car les études sont trop chères. Je lui dis alors que nous aimerions l’y aider, car sa volonté et sa gentillesse nous prouvent qu’il est fait pour ça et il le mérite. Rodrigo est très timide et il a un peu de mal à exprimer ce qu’il ressent, mais le grand sourire qui illumine son visage me montre combien il en serait heureux. Je lui dis de bien terminer son secondaire et que nous en reparlerons ensemble à ce moment-là.
Nous gardons le contact avec Rodrigo et à la fin de l’année 2013, il se forme en secondaire dans une des écoles publiques de la ville. Il vient jusque chez nous pour nous montrer ses résultats qui sont plutôt bons. Nous le félicitons et lui reparlons de notre proposition, afin de voir s’il a toujours les mêmes intentions. Il serait ravi de pouvoir faire des études dans le domaine de la santé, et il nous dit qu’il aimerait commencer par les études de technicien infirmier (aide-soignant). Ces études durent 2 ans, et l’aideront à se préparer davantage aux études d’infirmier par la suite. C’est une attitude tout à fait raisonnable et nous sommes bien sûr d’accords; nous lui demandons de faire les  démarches nécessaires pour son inscription. Nous prendrons alors en charge les frais de ses études: mensualités, uniforme, matériel scolaire et tout l’équipement nécessaire à ses études. Il nous remercie chaleureusement et son sourire radieux nous fait vraiment plaisir.
Début août 2014, Rodrigo commence ses études d’aide-soignant. Celles-ci durent 2 ans, pendant lesquelles Rodrigo fait 3 stages : dans un poste de santé, dans une maison de retraite et enfin à l’hôpital public de notre ville. Il vient nous voir régulièrement pour nous donner de ses nouvelles, nous raconter comment se passent ses études, nous parler de ses stages. Nous sentons chez lui un enthousiasme qui fait vraiment plaisir à voir.  Lorsqu’il a besoin de quelque chose pour ses études, il nous en parle et nous faisons le nécessaire pour qu’il ne manque de rien et soit dans les meilleures conditions pour accomplir sa formation au mieux. Il est tellement méritant que nous décidons même de lui offrir un vélo pour se rendre à l’école. Rodrigo étudie en effet le soir, de 18h30 à 22h30, faisant ses stages durant la journée. Il habite loin du centre-ville et a une bonne heure de marche pour arriver à l’école. Il en ressort le soir à 22h30 et à cette heure tardive, le danger de se faire agresser est plus grand.  En vélo, il rentre chez lui bien plus tôt et le risque d’agression est réduit. Nous lui demandons de passer chez nous et lorsqu’il découvre ce beau vélo tout neuf et qu’il apprend que nous le lui offrons, les larmes lui viennent aux yeux; il ne sait que dire, il n’a jamais eu de vélo de sa vie! Il nous remercie chaleureusement, ajoutant que ce vélo va vraiment améliorer sa vie.


Il n’aura aucune difficulté à trouver du travail, car il manque de main d’oeuvre dans le secteur des soins de santé. Et lorsqu’il sera bien établi dans son métier et qu’il le souhaitera, nous l’aiderons à faire les études d’infirmier.
Nous avons créé Crianças do Mundo   il y a 30 ans maintenant dans le but de venir en aide aux enfants dans le besoin et dans la misère, aux enfants souffrant d’abandon et de maltraitance, aux enfants qui sans cette aide n’auraient eu aucune chance de s’en sortir dans la vie. Et nous sommes là pour aider tous les enfants et tous les jeunes qui le souhaitent et le demandent, même s’ils n’ont pas fréquenté Crianças do Mundo au quotidien. Rodrigo est un de ces jeunes qui n’a pas été accueilli au quotidien chez nous, mais qui nous a montré une telle volonté d’étudier et de se dédier aux autres que nous ne pouvions pas faire autrement que de l’aider à y parvenir. Grâce à cette aide, Rodrigo peut mener une vie heureuse, exerçant le métier qu’il aime et auquel il aspirait tellement. C’est ça l’objectif de notre travail ici; et si Rodrigo est profondément heureux d’avoir pu faire ces études et de s’être formé, nous sommes nous aussi très heureux d’avoir pu l’aider à y parvenir. Et pour tous les enfants et les jeunes qui le souhaiteront, nous serons là, présents à leurs côtés pour les aider à atteindre leurs objectifs et à réaliser leurs rêves.
                                                                                 Evelyne

Une réunion de famille pleine de tendresse

Le dimanche 30 octobre, tous nos enfants les plus proches (qui ont vécu avec nous pendant plus de 15 ans) avaient été invités avec nous chez notre aîné, Rogério, pour un dîner avec femmes et enfants ! Même Ailton (et ce fut une surprise !) est venu, dans la nuit de samedi à dimanche avec toute sa famille (femme et 4 grands enfants) après 8 heures de route qu’ils allaient refaire le même dimanche vers 16 heures !!
Une ambiance merveilleuse où chacun se préoccupait de l’autre et où les « vieux » étaient l’objet de toutes les attentions tant des fils que des « belles-filles » et des « petits enfants »!

Dans un gentil et affectueux discours, Bruno fit remarquer que s’ils ne sont pas frères par le sang, ils le sont plus encore par le coeur et pour avoir été élevés ensemble. Pour cela, la règle a toujours été la solidarité la plus absolue : si l’un d’eux a des problèmes, même au milieu de la nuit, les autres débarquent pour l’aider ! C’est prodigieux !
Quelle joie pour nous de constater cette immense affection autour de nous, l’un envers l’autre et tous envers nous ! Les 16 heures de route aller et retour d’Ailton et sa famille en moins de 24 heures en sont une preuve très vibrante ! Quel courage !
Nous étions si heureux de les revoir tous ensemble et dans cette ambiance pleine de tendresse et de joie! Et cette impression d’avoir réussi quelque chose d’important fait du bien !
Tous les w.e. nous recevons des groupes de 3 ou 4 anciens (et très amis entre eux) entre 23 et 40 ans et qui viennent nous témoigner leur affection !
Mais jamais nous n’oublions que tout cela fut possible grâce à vous tous qui nous aidez depuis si longtemps ! Cela a valu la peine ! Soyez bénis !
Michel

Notre ami Dom Lara est décédé

C’est grâce à lui que nous avions obtenu notre visa pour le Brésil en 1983 et il a dû lutter car c’était encore, à cette époque, la dictature militaire. Il était Évèque du Diocèse de Itabira-Coronel Fabriciano. Il est vite devenu notre ami, nous visitant régulièrement (même dans les moments les plus durs à l’hôpital). Il nous avait accompagnés lors d’un de nos retours en Belgique, avait d’abord logé une dizaine de jours chez ma maman, puis autres 10 jours chez ma soeur Joëlle et, bien sûr, tout cela avait créé entre nous tous une affectueuse intimité. À Crianças do Mundo, nous avions organisé avec lui baptêmes, confirmations et autres Messes de Minuit de Noël. Tout le quartier était invité chez nous à ces occasions.



C’était un homme culte, d’un raffinement extraordinaire, il  enseignait le droit canon (a écrit un livre sur ce sujet). s’exprimait très bien en français, jouait parfaitement orgue et piano. Mais voilà : même à 90 ans il était encore sollicité partout pour mariages, baptêmes, messes (parfois 3 par jour !), conférences, concerts etc...Et il ne savait pas dire non ! Il y a quelques semaines, il était venu nous visiter mais il avait l’air épuisé et cela nous avait frappés !

Il était notre ami. Il est mort dans la nuit du 8 décembre, à 90 ans !

30 ans

OUI ! 2017 est l’année des 30 ans de notre CRIANÇAS DO MUNDO au Brésil ! Et peut-être est-il bon, au bout de 30 ans, de faire un petit bilan rapide de ce que fut ce projet et quels ont été ses résultats qui sont le fruit d’un travail nous unissant, le Personnel, Vous et nous dans un même combat : celui d’accueillir des centaines, des milliers d’enfants les plus rejetés de la société pour les amener à se sociabiliser,  étudier, se former à la meilleure profession qu’ils sont capables de conquérir.

Il serait ridicule et bien prétentieux de ma part de dire que nous avons réussi à 100% ! Mais parler de 80% de réussite ne serait pas loin de la réalité ! Nous en avons le témoignage de tous les anciens qui, nombreux, viennent nous visiter pour le moment pour témoigner leur affection dans les moments plus difficiles de notre vie actuelle. Ce sont Ingénieurs Civils, électriciens spécialisés, Mécatroniciens, infirmiers, Prof d’Univ,  Avocats,  Gérant d’une agence bancaire, Restaurateurs, vendeurs,   Administrateurs d’Entreprises, Étudiants en Pédagogie, en Psychologie, en Ecole d’Ingénieurs etc...et ceux qui ne sont pas arrivés aussi loin ont réussi à trouver un bon emploi pour assurer l’équilibre d’une vraie et solide famille !

Mais TOUS, absolument TOUS étaient issus de familles déstructurées, violentes, dans la misère la plus profonde !

30 ans !! Cela valait peut-être la peine d’en parler et sans fausse modestie, je crois vraiment que ce ne furent pas des années perdues même si l’ont faisait presque toujours des journées de 12 heures ou plus.

Les générations changent et pas toujours dans le meilleurs des sens. Les enfants d’aujourd’hui n’ont plus grand’chose à voir avec ceux d’il y a 30 ans. Cela, vous le savez aussi bien que nous. L’invasion des drogues, de l’informatique, des moyens de communication (Facebook, Wathsapp, Youtube et tous les autres ont provoqué de violents dégats dans le comportement des enfants et des adolescents de notre époque actuelle. Mais on s’adapte et on continuera à faire face aussi longtemps que ce sera possible.

En 30 années, cependant, tous ensemble, notre Personnel, Vous et Nous aurons « un peu » changé le monde !

Michel et Evelyne van der Meersch

vendredi 23 septembre 2016

La victoire de la tendresse

Depuis quelques années, nous constatons un grand changement chez les enfants que nous accueillons chez nous à Crianças do Mundo. Nous savons que le monde change, la société est très différente, les générations se suivent et ne se ressemblent plus guère. Et ceci n’est pas le cas seulement au Brésil, nous le savons. Mais nous le ressentons de plus en plus fort ici, car c’est au Brésil que nous vivons depuis 33 ans maintenant.

Au début de notre travail ici avec les enfants et ceci pendant environ 25 ans, nous avons accueilli des enfants pauvres, parfois abandonnés dans les rues, mais souvent vivant dans une famille où la misère régnait, mais où ils trouvaient un peu de structure familiale et d’exigences malgré tout. C’était une pauvreté matérielle, mais avec tout de même des notions de valeurs et de morale. Depuis une petite dizaine d’années, les choses ont beaucoup changé. Parmi les enfants que nous accueillons, il y en a de plus en plus qui sont profondément perturbés, car ils viennent de familles tout à fait déstructurées, sans plus aucune notion de valeurs. C’est une pauvreté totale, pas seulement matérielle, mais aussi morale. Et celle-ci est beaucoup plus difficile à faire évoluer.

Felipe a 11 ans et est avec nous depuis 3 ans maintenant. C’est un enfant très difficile. Il est arrivé comme un enfant sauvage, sans aucune notion de quoi que ce soit. Elevé par un père alcoolique et une belle-mère qui ne le supportait pas, les coups pleuvaient pour tout et pour rien et il n’a jamais reçu la moindre affection.

A 7 ans, il est allé vivre chez sa mère, car son père est mort suite à ses problèmes d’alcoolisme et la belle-mère a rejeté Felipe. La mère de Felipe a, du jour au lendemain, dû assumer un fils qu’elle connaissait à peine et qui était très perturbé. La tâche s’est avérée trop difficile pour elle et elle a demandé notre aide.

En accueillant Felipe chez nous à 8 ans, nous avons assumé un véritable défi, et nous avons aussi soulagé un peu sa mère qui ne savait plus que faire de lui. Les premiers temps, nous avons dû traiter Felipe de façon bien différenciée des autres enfants, car il n’avait pas la capacité de s’intégrer normalement. Il n’obéissait pas, ne voulait pas étudier, ne voulait pas participer aux activités, provoquait et insultait les autres enfants et se battait constamment avec l’un ou l’autre... pas évident! Mais à force de beaucoup de patience et d’amour, Felipe a évolué, lentement, très lentement, mais le changement apparaissait au fil des jours. Felipe a trouvé la capacité d’écouter, est devenu plus obéissant et a accepté de faire quelque chose à l’étude et aux activités. C’était loin d’être un enfant facile, mais un vrai changement s’opérait petit à petit et c’était ça l’essentiel.

Le temps a passé et au cours de l’an dernier, après 2 ans à Crianças do Mundo, Felipe a beaucoup évolué. Il s’est bien intégré au groupe, est devenu plus ami des autres enfants, qui eux aussi l’acceptaient donc mieux, et a fait de gros progrès à l’école aussi. Et Felipe est devenu un enfant affectueux et heureux de recevoir notre amour et affection en retour. Au cours des premiers temps chez nous, Felipe refusait tout geste d’affection, il n’aimait pas qu’on le touche, qu’on l’embrasse. Il n’avait jamais reçu d’amour dans sa famille, que des coups, et il se montrait craintif quand on l’approchait. Il était aussi incapable de comprendre quand on lui voulait du bien. Si on lui faisait un compliment lorsqu’il avait fait un effort, il le prenait mal, pensant qu’on le critiquait. Il avait dû subir beaucoup de violence pour être à ce point méfiant envers les autres personnes. Mais au fil des jours, Felipe améliorait son comportement, même s’il n’était pas toujours facile.
Les vacances d’été sont arrivées en décembre et janvier dernier et Felipe, tout comme nos autres enfants, est resté un mois à la maison, de la Noël jusque fin janvier de cette année. A son retour, nous constatons tout de suite un changement chez Felipe, une nette régression dans son comportement. Il est à nouveau beaucoup plus difficile, agressif et parfois bien violent. Les insultes pleuvent à nouveau et il est redevenu bagarreur. Le mois de vacances a détruit tout le travail que nous avions fait avec lui. Nous devons reprendre toute notre action pédagogique avec lui et le travail s’avère difficile. A l’école aussi, Felipe est redevenu terriblement difficile avec tous, même avec les adultes, ne respectant plus personne, se battant sans cesse avec les autres enfants. Heureusement, Felipe s’exprime maintenant sans problèmes et petit à petit, nous découvrons à travers tout ce qu’il nous raconte, la raison de toute cette agressivité.

Sa mère a un nouveau compagnon depuis janvier, mais hélas celui-ci n’aime pas Felipe et le lui fait sentir. Il est alcoolique et lorsqu’il a bu, il frappe Felipe pour tout et pour rien. La mère de Felipe   travaille dans une boulangerie, de 13h à  22h, et elle n’est donc jamais à la  maison le soir, lorsque Felipe rentre de Crianças do Mundo et de l’école. Un soir, le beau-père de Felipe rentre ivre et commence à crier et à maltraiter Felipe. Les cris et la violence sont tels, que les voisins alertent la police.

L’arrivée de celle-ci calme les choses, car les policiers menacent d’emmener l’homme au poste. Il promet de se tenir coi et la police repart. Mais à peine seul avec Felipe, il lui fait des menaces et lui promet qu’il va se venger, comme si le pauvre gosse était responsable de quoi que ce soit. Felipe arrive chez nous le lendemain très abattu et fatigué. Il nous raconte l’histoire et dit qu’il n’a pas osé fermer l’oeil de la nuit. Il avait peur de s’endormir et que son beau-père ne vienne le tuer pendant son sommeil... Ce récit donne froid dans le dos. Comment un enfant de 11 ans peut-il vivre une telle situation d’angoisse? Avoir peur de dormir,  craignant d’être assassiné pendant la nuit par un beau-père qui le déteste! C’est vraiment affreux et nous comprenons pourquoi Felipe est si perturbé et difficile.

Une nouvelle visite dans la famille s’impose et je m’y rends un matin avec José Maria, notre Directeur pédagogique. La maman de Felipe, Poliana, est présente, pas le beau-père, ce qui nous permet de parler ouvertement du problème de relation entre Felipe et ce dernier. Poliana reconnaît la situation, en parle souvent avec son compagnon, faisant tout pour qu’il arrête la boisson, car c’est là que ce situe le fond du problème. Elle comprend très bien la situation, étant elle-même une ancienne alcoolique. Par sa force de volonté, elle est parvenue à arrêter et ne boit plus depuis quelques années. Nous lui faisons comprendre qu’il est vraiment urgent pour Felipe que la situation familiale s’améliore, qu’il est en situation de risque, et que nous sommes disposés à aider la famille si nécessaire.

Les jours passent, Felipe continue à donner beaucoup de travail, tant chez nous qu’à l’école. Mais quelques semaines plus tard, Poliana nous prévient que son compagnon est disposé à se faire soigner et d’aller dans une maison de récupération. Nous en connaissons l’une ou l’autre et allons les aider à faire le bon choix. Nous voulons espérer que les choses vont s’arranger pour la famille de Felipe est que celui-ci pourra enfin vivre une vie plus heureuse et détendue. Il pourra alors évoluer positivement à nouveau et retrouver un équilibre. Felipe continue parmi nous et vu son âge, nous pouvons encore l’accueillir pendant plusieurs annnées, dans l’espoir de pouvoir l’aider à retrouver le bonheur et la joie de vivre. C’est notre but essentiel à Crianças do Mundo : apporter le bonheur et le sourire aux enfants les plus démunis d’amour. Et ensemble, nous y arrivons!
                                                         
Evelyne

Une lettre de Bruno quelques heures avant son mariage

Bonjour ! Je suis Bruno et j’ai été élevé à Crianças do Mundo où j’ai pu apprécier le magnifique travail réalisé par Michel e Evelyne. Je suis arrivé en 1994, bien petit, dans les ateliers de formation professionnelle quand, peu après le décès de ma grand-mère, je suis devenu interne me joignant aux 24 autres enfants qui vivaient là en plus des 250 externes.

Avec l’appui de Michel et Evelyne, j’ai pu entrer à la Faculté de Droit d’Unileste en 2004, et recevoir mon diplôme en 2009, améliorant mes études faisant une post-graduation en droit pénal. C’est ainsi que je suis devenu un avocat criminaliste avec mon propre bureau depuis 2009 et une équipe de 4 avocats qui nous permettent de traiter toutes les sphères du Droit.

Le temps a passé et aujourd’hui (10/09) est une journée différente pour moi puisque je vais me marier, ce soir, avec une personne très spéciale qui s’appelle Danielle qui a acquis cette année son diplôme d’Ingénieur Civil. Je voudrais partager ce bonheur avec vous tous qui nous avez tellement aidés !

 Pensant au mariage qui est une institution sacrée dans laquelle nous devons nous aimer l’un l’autre surtout devant l’adversité et avoir beaucoup de patience et sagesse. Michel et Evelyne, mes parents de coeur, m’inspirent cette réflexion puisqu’ils sont mariés depuis plus de 35 ans, donnant l’exemple de ce qu’est être marié et aimer son prochain comme je fus tellement aimé par eux, apprenant avec eux à chaque jour.Pour cela, je remercie du fond du coeur tous ceux qui connaissent et collaborent au travail accompli par notre « Crianças do Mundo » depuis tant d’années.

Je suis maintenant certain que cela vaut la peine d’investir dans les plus pauvres car sans cela, je ne sais ce qu’il serait advenu de moi ! À mon tour, je veux essayer de suivre cet exemple, ce chemin, donnant à mon tour un peu de ce que j’ai reçu. Merci à tous !

Avec affection, Bruno.