jeudi 14 juin 2018

Il est parti sans un adieu...

Il s’appelait Adilson, il avait 45 ans. En ce samedi 24 mars 2018, un de nos fils aînés nous a quittés brusquement. Il s’est tué dans un accident de voiture inexpliqué. Seul, dans une ligne droite, sans aucun obstacle, il a subitement traversé l’autre voie et a frappé le talus. Il a probablement été victime d’un malaise au volant. Il laisse une jeune femme, Célia, de 43 ans et une fille, Isabelle, de 18 ans.


Nous avons rencontré Adilson lorsqu’il avait 10 ans, à notre arrivée au Brésil en 1983 à la Cidade do Menor, dans la ville de Coronel Fabriciano.  Dès le premier jour, nous avons assumé une maison de 18 adolescents, entre 10 et 16 ans. Adilson était le plus jeune du groupe et très petit de taille, d’où son surnom de “baixinho”, “petit”. Adilson avait été accueilli à la Cidade do Menor à l’âge de 8 ans, après le décès de sa mère, disparue très jeune d’un cancer. 

Son père, alcoolique, était incapable de s’occuper de ses 4 enfants. Adilson avait deux soeurs un peu plus âgées et un petit frère, Roberto, de seulement 1 ans, pris en charge par une tante. Les deux soeurs ont été placées dans des familles d’accueil et Adilson a perdu le contact avec elles.

Nous avons vécu 2 ans et demi à la Cidade do Menor. Et lorsque nous sommes partis créer le Lar do menor dans la ville voisine d’Acesita, 4 de nos garçons nous ont accompagnés, Rogério, Ailton, Wanilson et Adilson. Ces quatre aînés nous ont aidés à créer une nouvelle famille au Lar do Menor et à accueillir de nouveaux enfants. Lorsque le Lar do Menor a été assumé par les brésiliens, nous sommes revenus à Coronel Fabriciano, afin d’y créer notre projet de coeur, Crianças do Mundo, où nous sommes depuis 31 ans. Tous nos enfants du Lar do Menor nous ont accompagnés, et d’autres enfants y ont été accueillis après notre départ. Nous avions à l’époque 20 enfants, dont nos 4 aînés. Adilson avait alors déjà 15 ans.

Peu de temps après notre installation à Crianças do Mundo, Adilson nous a demandé si nous serions d’accord d’accueillir son petit frère Roberto qui avait 8 ans à l’époque. Celui-ci vivait depuis tout petit chez sa tante, à Governador Valadares, une ville située à environ 100 km de chez nous. Adilson allait y passer les fins de semaines de temps en temps, gardant ainsi le contact avec Roberto. Nous étions bien sûr d’accord, mais il fallait l’accord de sa tante. Je m’y suis donc rendue pour en parler avec elle, et malgré que ce fut dur pour elle de se séparer de Roberto, elle a accepté, sachant que ce serait bien pour les deux frères de se retrouver et de pouvoir enfin vivre ensemble. Elle vivait aussi dans des conditions bien difficiles, et elle était consciente que nous pourrions lui offrir des possibilités d’études et d’avenir qu’elle-même ne pourrait pas. Ce fut un sacrifice d’amour pour elle, pour le bien de Roberto. Les deux frères ont bien entendu été lui rendre visite par la suite et passer des fins de semaine avec elle régulièrement.

Depuis tout petit, Adilson avait un rêve : il voulait être chauffeur de camion.  Pas très assidu à l’école, nous l’avons tout de même poussé et soutenu jusqu’à la fin de ses primaires (8 ans d’étude). N’ayant pas envie de faire un secondaire normal, Adilson a choisi de faire un secondaire agricole, dans une petite ville située à plus de 2h de route de chez nous, Virginópolis. Les études ne furent pas une réussite ... mais Adilson y a rencontré une jeune fille très gentille, Célia! Il avait 18 ans et ne souhaitait finalement qu’une chose, passer son permis de conduire. Nous l’y avons donc aidé et petit à petit, il a tiré les différents permis jusqu’au dernier, le permis E, lui permettant de conduire bus et camions. Il voyait petit à petit son rêve se rapprocher. Lorsque nous avons créé nos ateliers de formation professionnelle, entre autres une boulangerie, nous avons dû acheter un petit camion de livraison, qui nous permettait de livrer tous les pains fabriqués chez nous aux différents supermarchés de la région. Nous avons alors engagé Adilson comme chauffeur de Crianças do Mundo. Qu’est-ce qu’il en fut heureux! Son rêve se réalisait! Pendant 3 ans, Adilson a fait toutes les livraisons, conduisant notre petit camion. Très sérieux au travail, conduisant très bien, il n’a jamais eu aucun problème. Sa relation avec Célia a continué malgré la distance et il allait régulièrement à Virginópolis les fins de semaine, dans la famille de Célia où il était très bien accueilli.

Jusqu’au 24 juillet 1994 où notre Adilson a épousé Célia. Ils se sont installés à Virginópolis et très vite, Adilson a été engagé dans la société Simões, une grande société de transport de bois. Pendant près de 20 ans, Adilson a été chauffeur de poids lourds chez Simões, et il y était vraiment heureux, il faisait le travail qu’il aimait et dont il avait toujours rêvé. Ils ont eu leur fille Isabelle et régulièrement, ils venaient passer le dimanche chez nous. De temps en temps, je prenais la Kombi que je remplissais d’enfants et nous allions leur rendre visite chez eux à Virginópolis.

Adilson a vécu 12 ans avec nous et nous avons gardé le contact avec lui pendant ses 23 ans de mariage. Depuis son enfance, Adilson a toujours été un enfant joyeux, insouciant et espiègle. Le seul soucis qu’il nous a donné fut au niveau des études,  il n’aimait vraiment pas l’école. Mais il a trouvé sa voie, il savait ce qu’il voulait faire dans la vie et il tout fait pour y arriver. A sa façon, il a réussi sa vie et a été heureux dans la petite famille qu’il a construite. Son frère Roberto est aujourd’hui aussi marié et père d’un petit garçon de 11 ans, Youri. Le décès d’Adilson l’a terriblement bouleversé.

Adilson était comme un fils pour nous. Malgré la distance qui nous séparait, il était resté très proche et nous étions heureux de le savoir bien avec sa petite famille et satisfait de la vie qu’il avait construite. Son absence est un grand vide dans notre famille de Crianças do Mundo. Et nous tentons de rester aussi proches que possible de Célia et d’Isabelle. La vie apporte ses joies mais aussi ses peines, il faut y faire face. Rien ne sert de chercher le sens de ces épreuves, il faut les accepter et continuer.

Adilson restera toujours dans nos pensées et dans nos coeurs; et les nombreuses photos et les innombrables souvenirs que nous avons de lui ne disparaîtront jamais.

Evelyne

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