mercredi 23 mars 2016

"Nos adorables familles"

Comme vous tous, nos amis de Belgique, le savez, nous vivons une période bien difficile de notre vie ici au Brésil : la maladie de Michel. Cela fait près de 2 ans maintenant qu’il est entré dans le “système médical”, visitant les médecins les uns après les autres, faisant beaucoup d’examens de toutes sortes, subissant 3 opérations dont une très lourde en octobre dernier, et le voilà maintenant en traitement pour de longs mois pour lutter contre ses cancers. Vraiment pas facile à vivre tout ça, mais il affronte cette épreuve courageusement et nous y faisons face ensemble tous les deux, nous serrant les coudes; cela donne plus de force! Nos familles et amis de Belgique sont à nos côtés à tout moment, car la distance qui nous sépare n’empêche en rien ces liens si forts; nous sentons leur soutien à chaque instant. Et grâce à internet et à skype, nous pouvons communiquer régulièrement avec tous comme si nous étions très proches. Ça fait du bien!
        
Mais il y a aussi une autre élément qui nous aide beaucoup dans cette épreuve pénible : notre “famille brésilienne”; celle-ci s’est encore resserrée. Nous savions déjà que les liens avec nos enfants du Brésil et nos amis ici étaient forts et vrais, mais nous avons découvert encore davantage les derniers temps que nous avons une vraie famille ici également. Nous avons toujours eu de temps à autre la visite d’anciens de Crianças do Mundo et ça nous faisait vraiment plaisir de les revoir et de savoir comment ils allaient, ce qu’ils faisaient dans la vie, de faire connaissance de leurs femmes et enfants. Ces visites sont une vraie joie pour nous, et notre récompense pour le travail accompli avec eux depuis tant d’années. Depuis quelques mois, nous recevons de plus en plus de ces visites d’anciens. Comme beaucoup d’entre eux restent amis et en contact après les quelques années qu’ils ont passées ensemble chez nous, les nouvelles circulent et beaucoup ont appris la maladie de Michel. Ils tiennent à manifester leur affection et leur soutien et viennent à la maison pour nous rendre visite et prendre des nouvelles de Michel. Ces visites nous font chaud au coeur. Parmi celles-ci, nous avons revu dernièrement André; il a 24 ans et vient nous revoir après nous avoir quittés depuis 6-7 ans. Il passe tout un samedi après-midi avec nous. Il nous apprend qu’il vient de se former en droit à l’université. Un autre jour, c’est Raylander, 20 ans, qui vient dîner avec nous, un lundi qu’il est en congé; il nous apprend qu’il vient de terminer ses études techniques en mécanique et qu’il a commencé son stage dans une des plus grandes entreprises de la région, stage rémunéré qui durera un an et lui donnera la possibilité d’y être engagé par la suite. Il a aussi commencé à l’université pour devenir ingénieur mécanicien. Tiago, 27 ans, nous fait une visite très agréable de 2h et nous apprend qu’il s’est formé en mathématiques à l’université tout en travaillant depuis 8 ans à la poste pour payer ses études. Et il prétend refaire une autre formation universitaire pour être ingénieur civil. Les visites se succèdent ainsi au fil des jours et nous avons l’occasion de revoir beaucoup de nos anciens enfants, devenus adultes, et qui s’en sortent très bien dans la vie. Tous n’ont bien sûr pas fait l’université, mais tous ont une profession et la plupart travaillent et ont formé une famille. Nous en avons même un, Rivelino, 32 ans, qui a ouvert avec sa jeune épouse son propre petit restaurant, qui ne marche pas mal du tout. Deux autres de nos anciens qui sont vraiment amis, Symon et Gabriel, ont ouvert leur petite société de lavage de voitures. Je pourrais continuer à vous écrire de nombreuses pages sur nos anciens, sur toutes leurs visites et ce que nous y apprenons, mais ce serait trop long. Mais c’est tellement chouette pour nous de voir ces beaux résultats, ces vies réussies. Et ce qui fait vraiment chaud au coeur aussi, c’est que tous, sans exception, nous disent que s’ils vont bien dans la  vie aujourd’hui, c’est grâce aux quelques années passées chez nous à Crianças do Mundo, à tout ce qu’ils y ont appris et à tout ce qu’ils y ont reçu, surtout l’affection et l’exigence. Que sans leur passage chez nous, ils seraient probablement tombés dans la marginalité. D’innombrables souvenirs surgissent et ils en parlent avec une véritable nostalgie. Ils posent des tas de questions sur Crianças do Mundo, veulent savoir comment vont les choses, et ont envie de revoir les membres de l’équipe qu’ils ont connus à leur époque. Alors ils vont faire un tour au Centre d’Activités pour les revoir et “matar saudade” (« tuer la nostalgie! »...).

Avec certains de nos anciens enfants internes, les liens se sont également soudés davantage encore. Deux d’entre eux que nous voyons régulièrement, Adilson et Rogério, 43 et 44 ans, viennent de passer un dimanche après-midi chez nous avec leurs épouses et leurs enfants. Un après-midi super agréable, détendu, pendant lequel nous rions beaucoup, et ça fait un bien fou. Trois parmi nos derniers internes, Ramon, Bruno et Webert, très proches et liés, sont à nos côtés à tout moment, et nous pouvons compter sur eux à tous points de vue. Ils nous aident pour résoudre n’importe quel problème qui surgit pour nous et se mettent à disposition pour tout besoin que nous avons. Et lorsque nous avons dû aller à Belo Horizonte pour changer nos passeports (6h de route aller, 6h retour sur route très mauvaise), c’est Ramon qui nous y a conduits dans sa voiture super-confortable ! La proposition venait de lui et il n’était pas question que nous refusions! Lorsque Michel était à l’hôpital en octobre, pendant 18 jours, ils se relayaient pour me remplacer une ou deux heures par jour auprès de lui pour que je puisse rentrer un peu à la maison, diner ou prendre une douche.Tous ces gestes nous touchent au plus profond de notre coeur. Tous nos enfants, devenus grands, n’oublient pas ce que nous avons fait pour eux, et ils ont envie de nous montrer leur reconnaissance, que nous sentons vraie, profonde et immense. C’est important pour eux de pouvoir nous rendre un peu de ce qu’ils ont reçu, et nous acceptons avec plaisir, humilité et bonheur. Ce sont vraiment nos enfants, notre famille !
Toute notre équipe de Crianças do Mundo et nos amis du Brésil sont aussi à nos côtés à chaque instant, nous montrant sans cesse combien nous pouvons compter sur eux. Les choses continuent à bien fonctionner chez nous, malgré notre implication un peu moins intense ces derniers temps évidemment, grâce à la compétence et la bonne volonté de tous,  même si Michel continue le plus possible à vivre auprès des enfants et avoir des activités avec eux. Et ça aussi, c’est très important pour nous. Et il n’y a pas que le côté professionnel;  chaque membre de notre équipe est un ami et leur amitié et affection sont fortes et sincères.
Que vous dire sinon que nous avons beaucoup de chance. Combien de personnes subissent seuls de terribles épreuves, sans affection autour d’eux, sans appui concret ni soutien moral. L’épreuve de Michel est très dure et l’avenir incertain, mais nous ne sommes pas seuls, loin de là. Nous sommes vraiment très entourés et nous recevons beaucoup d’amour et d’affection, des deux côtés de l’océan. Nous ne pouvons qu’être profondément reconnaissants pour cette chance que nous avons, et qui nous donne la force de nous battre contre cette terrible maladie. Et j’en suis sûre, grâce à tout cet amour reçu, nous allons la vaincre!
                                                        Evelyne

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