lundi 22 juin 2015

Je t'aime... moi aussi!

L’amour reçu n’est jamais perdu. Il en reste toujours quelque chose, gravé au fond du coeur, tout au long de la vie. On ne donne jamais de l’amour en vain. Nous avons la chance d’en avoir la preuve, souvent.

Cela fait longtemps maintenant, 32 ans déjà, que nous nous occupons des enfants du Brésil. Et tout au long de ces années, nous avons accueilli des centaines d’enfants, voire quelques milliers. Des enfants abandonnés par des parents qui ne voulaient pas d’eux ou qui ne pouvaient rien pour eux vu la misère dans laquelle ils vivaient; des enfants vivant dans la rue parce que leurs familles ne s’occupaient pas d’eux, ou qui préféraient les dangers de la rue plutôt que de subir les mauvais traitements quotidiens de pères ou de mères alcooliques ou drogués; des enfants pour la plupart en carence affective énorme, ne sachant pas ce qu’est l’amour ou l’affection d’une famille aimante; des enfants perdus, livrés à eux-mêmes ou dans les mains des trafiquants, sur le chemin de la perdition.

Nous constatons chez la plupart des enfants que nous accueillons cette carence affective criante. Les premiers jours après leur arrivée chez nous, ils sont un peu réservés, ne sachant comment se comporter avec les adultes qui les entourent; ils gardent un peu leurs distances, observant les “anciens” qui embrassent sans réserve, n’osant pas faire la même chose, un peu gênés ou n’ayant pas l’habitude. Nous avons déjà entendu maintes fois les enfants dire qu’ils n’ont jamais été embrassés par leurs parents ou par qui que ce soit d’autre. Puis, petit à petit, ils commencent eux aussi à embrasser et à accepter l’affection qui leur est donnée. Et ils y prennent goût! Après, ils se libèrent tout à fait et découvrent avec bonheur ce que sont la tendresse et l’amour, et ils en sont avides. C’est si bon de se sentir aimé, de sentir qu’on est important pour quelqu’un, qu’on tient une place dans le coeur de quelqu’un. Nous l’avons toujours dit et pensé : tout ce que nous offrons à nos enfants est important pour leur avenir: l’éducation, la formation à tous niveaux, l’alimentation saine, les loisirs, une meilleure chance dans la vie. Mais l’essentiel, c’est pour eux la découverte de l’amour.

Nous rencontrons régulièrement des jeunes qui sont passés par chez nous à un moment donné de leur vie, des enfants devenus adultes, souvent mariés déjà, pères de famille, travaillant pour s’occuper au mieux des leurs. Ça nous fait toujours un plaisir immense de les revoir et de savoir ce qu’ils deviennent. Et à notre grande satisfaction, la majorité mène une vie décente, heureuse. Ils sont sortis de la misère et de l’abandon qu’ils ont connus enfant et ne soumettront pas leurs propres enfants à cette pauvreté dont ils ont souffert. Ils ont rompu le cercle vicieux de la misère. Il n’y a pas de plus grande récompense pour nous. Et souvent, lors de ces rencontres, nos anciens nous disent avec sincérité combien Crianças do Mundo a été important dans leur vie. Sans ces quelques années passées chez nous, ils ne seraient pas devenus ce qu’ils sont aujourd’hui; ils ne se seraient sans doute pas formés, car ils n’auraient pas eu le courage ni le soutien nécessaires pour faire des études et apprendre un métier; ils seraient même peut-être tombés dans la drogue, si facile d’accès actuellement. Beaucoup nous disent que c’est chez nous qu’ils ont appris à devenir des hommes, qu’ils ont appris le respect, le courage et la valeur de l’effort, qu’ils ont appris la distinction entre le bien et le mal, et qu’ils ont découvert ce qu’est l’amour et l’affection, et comme c’est bon d’être aimé. Ils savent maintenant donner de l’amour à leurs propres enfants.

Nous avons reçu dernièrement deux messages adorables de deux de nos enfants ex-internes, Bruno et Webert. Tous deux ont vécu de nombreuses années avec nous, 8 ans pour Bruno et 12 ans pour Webert. Tous deux ont été rejetés par leurs mères et ont été accueillis chez nous après avoir vécu un temps chez leurs grands-mères. Ils ont eu des  phases  difficiles  dans  leur  vie  et leur quotidien n’a pas toujours été facile, loin de là !

Webert, accueilli à l’âge de 8 ans, détestait l’école, et ce fut pour nous une lutte de chaque jour pour le pousser au moins jusqu’à la fin de ses primaires. Il a compris à l’âge de 22 ans qu’il ne serait rien dans la vie sans formation et il a repris ses études. Il s’est finalement formé en électricité. Il a maintenant 32 ans et depuis quelques années, il se fait une bonne expérience, un peu partout dans le Brésil, du nord au sud, travaillant dans la construction de centrales électriques. Les chantiers ne manquent pas, et il accepte de partir loin de chez nous, malgré les difficultés que ça représente et la nostalgie qu’il ressent, mais sachant que c’est le prix à payer pour avoir du travail et acquérir de l’expérience. Il a dernièrement eu la chance de pouvoir aller travailler à l’étranger. Depuis quelques semaines, il travaille en Argentine et il en est tout heureux. C’est une nouvelle expérience pour lui et ça lui plait beaucoup. De là-bas, il nous a envoyé un message adorable par skype qui nous a beaucoup touchés : “Merci d’exister dans ma vie. Vous êtes tout pour moi. Sans vous, je n’en serais pas là où j’en suis. Merci beaucoup, papa et maman. Bisous. Je vous aime. Prenez soin de vous!”  Y a-t’il de plus belle récompense pour nous qu’un tel message d’amour? Aucun salaire ne vaut l’émotion ressentie, et on se dit que les années de lutte avec Webert, et surtout pour Webert, ont vraiment valu la peine. Quant à Bruno, nous l’avons accueilli à 10 ans et il en a actuellement 31. Après une phase difficile vers les 18 ans, il a repris le bon chemin, a choisi de faire des études de droit et s’est formé il y a 5 ans maintenant. Il a depuis ouvert son propre cabinet et se fait petit à petit une bonne clientèle. Il travaille beaucoup, mais ça vaut la peine. Il est déjà bien connu comme avocat, surtout criminaliste, dans notre région et est très sollicité. C’est une fierté pour nous de voir ce qu’il est devenu, sachant d’où il vient et ce qu’il a vécu dans son enfance. Un de ces soirs, alors que nous le voyons régulièrement, il nous a envoyé un petit message très touchant sur mon gsm : “Je suis fier d’être votre fils de coeur; imaginez si c’était de sang!...Vous êtes mon inspiration, ma force, mon pilier, mon refuge ici sur terre. Je ne sais pas ce que je serais sans vous, mes parents. Je ne me serais jamais imaginé réussissant si bien en tant qu’avocat, et en si peu de temps, 5 ans seulement. Je vous aime...”
On nous demande souvent ici au Brésil le pourquoi de notre action, ce qui nous a poussés à quitter notre pays, nos familles, nos amis, et à venir travailler bénévolement avec les enfants défavorisés du Brésil. Quel peut bien être notre intérêt dans tout ça?... Car pour beaucoup, il doit certainement y avoir un intérêt personnel  là-dessous! Ça paraît impensable de faire ce genre d’action pour rien!..

C’est une mentalité hélas bien courante dans notre monde actuel;
il doit toujours y avoir quelque chose là derrière! Et bien non, nous sommes tout simplement heureux dans ce que nous faisons et les enfants nous rendent tellement d’amour, d’affection, de sourires que nous n’avons besoin de rien d’autre. Ces deux messages reçus de nos grands sont un cadeau, une récompense pour ce que nous avons fait pour eux. Que demander de plus que leur reconnaissance et leur amour? Et  voir tous ces enfants réussir leur vie et être heureux, en famille, ça aussi c’est la plus belle des récompenses! Ça nous encourage et nous aide à poursuivre notre tâche auprès des enfants actuels et à ne pas baisser les bras face aux obstacles toujours présents. C’est un grand bonheur pour nous et qu’est-ce que ça fait du bien!!!
                                                                          Evelyne

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