jeudi 19 mars 2015

Cette violence qui détruit nos enfants!

Vous tous qui nous suivez fidèlement depuis de longues années ou plus récemment, vous vous souvenez sans doute de l’article paru dans notre dernier petit bulletin, du 1er janvier. Je vous y racontais l’histoire du petit Vinicius, 9 ans, que nous avions accueilli début 2014. Vinicius, un enfant martyr, abandonné petit par sa mère, recevant sans cesse des coups pour tout et pour rien, de son père, de sa grand-mère, d’un oncle... Nous avions heureusement entendu parler de lui par la directrice de son école, qui nous avait demandé de l’accueillir à Crianças do Mundo, afin de le retirer de toute cette violence qu’il vivait et subissait.


Vinicius a passé toute l’année 2014 parmi nous et nous l’avons vu évoluer petit à petit, grâce à tout ce qu’il a découvert et reçu chez nous. Vinicius a trouvé son havre de paix, a découvert l’amour et l’affection, l’amitié des autres enfants, le respect et l’entraide. Toutes des choses nouvelles pour lui, qui ne connaissait que la violence, l’abandon et le rejet. Même à l’école, il a évolué un peu et l’aide individuelle reçue à Crianças do Mundo au niveau de l’étude l’a déjà un peu alphabétisé. A la fin de l’année scolaire , a lieu en décembre au Brésil, les enfants et toute notre équipe pédagogique sont partis pour un mois de vacances bien méritées. Méritées peut-être, mais pas toujours souhaitées par nos enfants. Certains ont une vie tellement dure et pénible chez eux, qu’ils préféreraient pouvoir rester à Crianças do Mundo. Mais il le faut et nous avons donc dit au-revoir à tous nos enfants le 22 décembre, les attendant avec impatience pour la rentrée le 26 janvier 2015.

Ce lundi 26 janvier est très joyeux et animé, avec le retour et les retrouvailles de tous, grands et petits. Tout le monde est très heureux de se retrouver et d’être à nouveau ensemble pour un an. Mais il y a une ombre au tableau : notre petit Vinicius n’est pas là. Nous attendons un jour ou deux,  nous disant que peut-être, il a oublié le jour exact du retour. Mais au troisième jour, nous nous inquiétons vraiment et je téléphone à sa grand-mère, Maria, pour savoir ce qu’il se passe. Celle-ci m’annonce sans détours que Vinicius ne reviendra pas, qu’il est parti pendant les vacances à Belo Horizonte ( la capitale de notre état de Minas Gerais, à 200 km  et 4h de route de Coronel Fabriciano). Je m’étonne et lui demande des explications. Elle me raconte que son fils (le père de Vinicius) est toujours menacé de mort et qu’il a dû s’enfuir. Vous vous rappelez sans doute que le père de Vinicius avait été victime d’une tentative d’assassinat en rue il y a quelques mois, devant le pauvre petit Vinicius, mais il s’en est finalement sorti, bien qu’avec des séquelles. La grand-mère m’explique que l’assassin a promis de recommencer et de ne pas le rater cette fois, rajoutant : “Si 3 balles ne l’ont pas tué la première fois, je lui en mettrai 6 cette fois!...” Devant la nouvelle menace, le père de Vinicius a décidé de fuir chez un de ses frères qui habite une favela à Belo Horizonte. Comme je m’étonne qu’il ait emmené Vinicius avec lui, la grand-mère me répond que son fils est resté handicapé d’un bras suite à la première tentative d’assassinat et qu’il avait besoin de Vinicius pour porter ses bagages ...  Je lui demande pourquoi il ne revient pas maintenant que son père est installé là-bas. Elle me répond que Vinicius est déjà assez grand pour faire la lessive et aider son père pour tout ce qu’il a besoin et qu’il va donc rester avec lui là-bas. Je reste sans voix, choquée par ce que j’entends, mais je finis tout de même par dire à la grand-mère qu’il serait peut-être bon de penser aussi au bien de Vinicius, pas seulement à celui de son père. Mais il n’y a rien à faire, la décision a été prise et est définitive. Je sens qu’il est inutile d’insister davantage.

Après avoir raccroché, je raconte notre conversation à Michel. Nous sommes tous les deux très tristes, non seulement d’avoir perdu notre petit Vinicius qui était si heureux chez nous et que nous aimions tant, mais surtout pour l’enfant lui-même. Voilà ce petit bonhomme de 10 ans livré à lui-même, dans un endroit inconnu, sans plus aucun repère, sans amis, à côté d’un père qui ne lui a jamais témoigné le moindre amour, qui n’a jamais fait que le battre et pour lequel il devra tout faire. Ce n’est vraiment pas juste. Vinicius aimait tellement Crianças do Mundo, où il avait trouvé la paix et le bonheur. Et on lui enlève tout ça d’un coup, sans lui demander son avis. C’est révoltant! Quel sentiment d’impuissance devant une telle injustice! Nous imaginons déjà son avenir... Vinicius nous manque, beaucoup. Nous pensons très souvent à lui. Nous ne l’oublierons jamais.

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