lundi 22 septembre 2014

Jusqu'où irons-nous?

Vous savez que je fais régulièrement les visites de toutes les écoles publiques fréquentées par nos enfants, une fois par bimestre, afin de rencontrer les professeurs de chacun d’entre eux. Ces visites me permettent d’avoir des informations précises sur nos enfants, sur leur comportement et leurs difficultés d’apprentissage. Je transmets ensuite toutes ces informations à nos professeurs ici à Crianças do Mundo, et cela leur permet d’adapter leur travail individuellement à chaque enfant et de les aider à évoluer positivement. Ce travail de collaboration avec les écoles est important, apprécié d’ailleurs en majorité par les équipes pédagogiques de ces écoles et nous avons souvent des résultats positifs chez nos enfants. Ils évoluent petit à petit, pour la plupart d’entre eux, à tous les niveaux.
Les derniers temps, je dirais depuis 5-6 ans, la situation a énormément évolué dans les écoles, je vous en ai déjà souvent parlé, une évolution malheureusement négative. Quelle que soit l’heure à laquelle j’arrive dans les écoles, il me semble toujours que c’est la récréation tellement il y a un chahut généralisé. Des enfants qui courent partout, des hurlements, plus la moindre discipline, à tel point que je me rends compte à chaque fois qu’il est devenu vraiment impossible d’enseigner quoi que ce soit dans une telle ambiance. Rien d’étonnant donc à ce que de plus en plus d’enfants arrivent en 3eme ou 4ème année primaire sans savoir lire ou écrire, et sans savoir faire le moindre calcul basique. 
Dans le courant de ce mois d’août, après la reprise des écoles fermées pendant la coupe du monde de football, j’ai refait mes visites du troisième bimestre de l’année scolaire 2014. J’ai déjà vécu beaucoup de choses lors de ces visites des écoles, j’ai déjà vu et entendu des choses choquantes et absurdes qui me laissent un sentiment désagréable, qui me découragent quelquefois. 
Mais lors de cette dernière visite, dans une des écoles les plus difficiles et les moins disciplinées de toutes, j’ai assisté à une scène qui dépasse l’entendement, qui surpasse tout ce que j’avais déjà vécu et qui m’a laissée sans réaction tellement c’était énorme. Je ne pourrais pas vous décrire la scène en détails,  ce serait trop long. Mais je peux vous en faire partager l’essentiel, juste pour vous donner une idée du niveau auquel nous sommes tombés dans les écoles publiques.
J’arrive devant la porte d’une classe où étudient trois de nos enfants de 8 et 9 ans. Je frappe à la porte comme je le fais d’habitude, et attends que le professeur vienne vers moi. Généralement, les professeurs me reçoivent sans problèmes et assez rapidement. Mme Césarina (c’est son nom) me fait attendre 20 minutes devant la porte. Pendant cette attente, j’entends un chahut monstre dans la classe.  Quand elle se décide enfin à me recevoir, elle arrive comme une furie. Je vois tout de suite qu’elle est hors d’elle, incroyablement sur les nerfs. Je lui propose de repasser à un autre moment si elle préfère. Elle ne m’écoute pas. Pendant vingt autres bonnes minutes, elle va “vider son sac”, me sortir tout ce qu’elle a sur le coeur, la plupart du temps en criant, et ce devant toute la classe. Tout y passe, qu’elle en a plus que marre, que les enfants d’aujourd’hui n’en ont plus rien à faire d’apprendre, qu’ils n’ont plus aucun respect, qu’ils ne savent plus obéir, qu’elle perd son temps... Et puis qu’elle se fait insulter sans arrêt, qu’un des enfants l’envoie à tout moment se faire enc....., que l’autre jour il l’a même appelée de “c.. distendu” et qu’elle lui a répondu : “Tu m’envoies tellement souvent me faire enc..... que mon c.. s’est vraiment distendu!” Pardon pour la vulgarité et le langage cru mais voilà  sa réponse à l’enfant qui l’insultait. J’en reste bouche-bée, ne sachant pas comment réagir. A quel niveau est descendu cette pauvre  prof ? Que peut-elle encore enseigner de cette façon. Et ce n’est pas fini ! Elle rajoute qu’elle a déjà dit qu’elle ne veut plus recevoir personne, même pas “cette femme de Crianças do Mundo” (qu’elle me dit à moi, alors qu’elle parle de moi !...), et qu’elle se demande ce que nous, étrangers, sommes venus faire dans ce pays pour nous occuper d’enfants qui n’en ont rien à cirer et qui n’apprendront jamais rien, que nous perdons notre temps ! 
Ceci est le résumé de ce que j’ai entendu ce jour-là. J’en suis revenue abasourdie à la maison, le racontant à Michel. Cette scène a vraiment dépassé tout ce que j’avais déjà vécu et ça m’a profondément attristé en pensant au sort des 30 enfants qu’elle a dans sa classe et qui auront perdu une année scolaire, car il est aisé d’imaginer qu’ils n’auront rien appris dans cette classe. On voit d’ailleurs le résultat chez nos trois enfants qui sont avec Césarina depuis le début de l’année. Heureusement que nos professeurs sont là pour aider nos enfants. Je ne sais pas jusqu’où nous irons, jusqu’à quel niveau nous descendrons dans les écoles. Nous ne pouvons qu’espérer un retournement de situation complet, mais pour cela, il faudrait une vraie volonté. Et jusqu’à présent, nous ne voyons rien venir. Au moins, chez nous, toute notre équipe s’occupe au mieux de nos enfants, avec volonté et détermination, et nous continuerons tant que nous le pourrons, MALGRÉ l’Ecole, MALGRÉ les parents qui se foutent de tout et démolissent ce que nous tentons de construire, MALGRÉ l’indiscipline générale, MALGRÉ nos limitations. 
                                                   Evelyne

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