lundi 17 mars 2014

Un merveilleux cadeau de Noël



Nous sommes le 24 décembre, c’est la nuit de Noël. Vendredi dernier, le 20 décembre, nous avons fêté Noël avec tous nos enfants et toute notre équipe; c’était en effet notre dernier jour de fonctionnement avant les grandes vacances d’été. La petite représentation de la Nativité faite par nos enfants fut très belle et émouvante, et la journée s’est passée dans une ambiance d’amitié et de fraternité. Tout le monde est parti en vacances pour un mois après une belle journée chaude et ensoleillée,  au dehors et dans les coeurs !


Le jour de Noël, le 25 décembre, notre maison sera bien remplie. Nous recevrons des amis et certains de nos aînés viendront dîner avec leurs femmes et enfants. Nous serons bien entourés et ce sera une chouette journée. Par contre ce soir de Noël, nous le passons tranquillement Michel et moi « en amoureux ». Vers 19h, on sonne à la grille d’entrée. Nous n’attendons en principe personne. Mais une énorme surprise nous attend. C’est la visite de 3 frères, Carlos, Claudio et Carlito. Tous les trois ont été accueillis à Crianças do Mundo et y ont suivi pendant un an et demi le cours de sérigraphie, du temps de nos ateliers de formation professionnelle.

C’était en 1993! Vingt ans ... vingt ans que nous ne les avions plus revus! Et les voilà chez nous la nuit de Noël... Nous avions bien de temps en temps de leurs nouvelles par d’autres, car ils habitent toujours à Coronel Fabriciano, mais nous n’avions plus eu de contact avec eux. Ils avaient 12, 13 et 14 ans lorsque nous les avons accueillis chez nous.Ils ont maintenant 32, 33 et 34 ans. Nous n’en revenons pas, mais quel plaisir de les revoir ! Carlos, Claudio (avec le petit Miguel) et Carlito vont passer plus de 2h avec nous en ce soir de Noël. Ils ont tellement de choses à nous raconter! Ils vont évoquer avec beaucoup d’amour et de nostalgie le temps passé à Crianças do Mundo. Selon leurs propres termes, la plus belle période de leur enfance, l’année qui a déterminé tout le cours de leur vie. Ils se souviennent dans les détails de tout ce qu’ils ont vécu chez nous. Leur première visite tout d’abord, avec leur maman et leurs petites soeurs, pour demander si nous pouvions les accueillir à Crianças do Mundo. Ils sont d’une famille misérable, habitant sur une colline en haut d’un bidonville, vivant à 9 personnes dans une toute petite barraque de 2 pièces, les parents et 7 enfants. Les 3 garçons sont les aînés et viennent ensuite 4 filles. Leur père est hélas alcoolique, ce qui n’aide en rien. Carlito se souvient de Michel expliquant à leur maman que nous pouvons accueillir les 3 garçons, mais que si leur papa ne sort pas de l’alcoolisme, ce sera très difficile de les aider. Pendant tout le temps  qu’ils passent chez nous, se souvenant de ces paroles, ils encouragent leur papa à s’arrêter de boire. Il leur faudra toute une année, mais il arrêtera! Et grâce à ça, l’ambiance familiale sera déjà bien plus heureuse. Carlos se souvient que nous avions fait un accord avec la boulangerie la plus proche. Les enfants pouvaient aller tous les jours chercher du pain et du lait, et c’est Crianças do Mundo qui réglait la facture tous les mois. Sans compter les colis alimentaires que nous leur fournissions régulièrement. Cela les a vraiment aidé à survivre et à manger à leur faim.

Et pendant ce temps, Carlos, Claudio et Carlito apprennent la sérigraphie chez nous. Ça leur plait beaucoup et ils se souviennent avec beaucoup de plaisir de tout ce qu’ils y ont fait. Leur grand orgueil a été de fabriquer, pour vendre en Belgique, des cartes de Noël. Quelle fierté pour eux de voir leurs réalisations envoyées et vendues en Belgique! Chacun à son tour prend la parole et raconte tous ses souvenirs, ses émotions, ses joies. L’année à Crianças do Mundo a été pour chacun d’eux un départ dans la vie, un départ dans la bonne direction, ajoute Carlito. Nous leur répétions si souvent que la vie à Crianças do Mundo et tout ce que nous exigions d’eux n’était pas le chemin le plus facile. Il fallait se lever tôt pour arriver à l’atelier à 7h du matin, il fallait étudier, apprendre un métier, il fallait faire beaucoup d’efforts. Mais c’était des moments durs à passer alors, pour avoir une vie plus heureuse et facile plus tard. Et ils ont vécu cette année-là comme sur une balance : d’un côté Crianças do Mundo avec toutes ses exigences; de l’autre leur quartier avec tout ce qui s’offrait à eux, comme la drogue avec sa facilité d’en vendre et de gagner beaucoup d’argent sans faire trop d’efforts. Chaque jour, ils étaient confrontés aux deux réalités et devaient faire leur choix, poursuivre dans le travail et l’effort ou chercher la facilité, ou du moins ce qui paraissait plus facile. Ils ont tenu bon, grâce à tout ce qu’ils ont appris et reçu chez nous, les exigences oui, mais surtout l’amour, le respect, l’entraide, l’amitié. Et ils ont fait le bon choix et en sont si heureux aujourd’hui!

Nous sommes là, assis en face de nos 3 grands, à les écouter parler. Ils sont intarissables et nous sentons que tout ce qu’ils expriment vient vraiment du coeur. Ils demandent à voir des photos du temps où ils étaient ici et ensemble, nous regardons les albums. Que de souvenirs! Michel leur fait sur l’ordinateur des copies de toutes les photos qu’ils souhaitent garder et ça leur fait un plaisir fou. Ce qui nous rend heureux, c’est non seulement de les voir se souvenir avec tant de bonheur et de nostalgie de leur temps passé chez nous. Mais aussi de voir ce qu’ils sont devenus. Pendant une dizaine années, ils ont travaillé dans le domaine de la sérigraphie, tout en continuant à étudier. Grâce à leur travail, ils ont pu non seulement se payer des études, mais aussi payer des études à leurs 4 petites soeurs. Aujourd’hui, les 3 garçons et 3 filles ont fait des études supérieures, la 7ème étant encore aux études. Carlos et Carlito sont ingénieurs, Claudio est professeur de lettres, 2 des filles sont ingénieurs et la troisième est infirmière. Ils ont créé  leur propre société de construction et les 4 ingénieurs y travaillent ensemble. C’est formidable et nous en avons des frissons de les entendre. Voilà une famille qui vivait dans la misère la plus profonde, qui avait à peine de quoi se nourrir chaque jour. Et aujourd’hui, tous les enfants sont formés et travaillent, aidant en plus leur maman. Leur papa est malheureusement décédé du cancer l’an dernier. Mais quelle fierté pour ces parents de voir ce que sont devenus leurs enfants grâce à leur courage et leurs efforts! Car nos trois grands disent et répètent que c’est  Crianças do Mundo qui a tout fait pour eux, que sans notre accueil ici, ils auraient probablement mal tourné, n’ayant presque pas d’autre choix. C’est vrai que Crianças do Mundo leur a donné le coup de pouce au départ, l’aide dont ils avaient besoin pour sortir la tête hors de l’eau et de la misère et se lancer dans la vie avec un peu plus de chances. Mais sans leur courage, leur ténacité, leur travail, le résultat n’aurait certainement pas été le même. Nous aussi, nous sommes très fiers d’eux! Et qu’est-ce que ça fait du bien de voir que notre travail n’est pas en vain! Les dernières années, les choses sont devenues tellement plus difficiles avec les enfants, et nous avons parfois l’impression que les résultats ne seront plus ceux espérés.

Entendre Carlos, Claudio et Carlito nous fait un bien fou et nous redonne espoir. Non, nous ne perdons pas notre temps! Et nous gardons espoir que tout ce qui est fait pour les enfants aujourd’hui continuera de porter ses fruits. Nos 3 frères nous ont donné une sacrée dose d’encouragement et nous voilà remontés à bloc pour l’année 2014! Ce fut vraiment un merveilleux Noël!
Evelyne

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