Au cours des 39 ans d’existence de Crianças do Mundo, beaucoup de choses se sont passées. Un internat au départ pendant 25 ans, avec 24 garçons à partir de 7 ans ; une maison d’accueil au centre-ville pendant 32 ans, avec une quarentaine de garçons et filles entre 7 et 15 ans ; des ateliers de formation professionnelle pendant 4 ans où étaient formés 150 jeunes chaque année; une « Maison du Partage » tenue par nos soeurs de la Providence pendant 25 ans... Au fil du temps, nous nous sommes adaptés à de nouvelles circonstances, à de nouvelles situations qui demandaient des changements.
Pendant 35 ans, Crianças do Mundo a fonctionné selon ses propres règles et ses propres décisions. Michel et moi ayant créé ce projet de façon privée, nous n’avions de compte à rendre à personne ici. Au début, lorsque nous accueillions les enfants en internat, nous signalions au Juge des enfants l’accueil de tout nouveau garçon, fournissant ses données. Jusqu’au jour où le Juge nous a dit que ce n’était plus nécessaire, qu’il connaissait le sérieux de notre travail et qu’il nous faisait confiance.
Nous avons donc développé notre projet petit à petit, construisant l’infrastructure, créant les différentes divisions au fil des ans et tout a merveilleusement bien fonctionné. Les pouvoirs publics ne nous aidaient pas, mais nous laissaient tranquilles.
Depuis 3-4 ans maintenant, les choses ont malheureusement changé. De nouvelles lois exigent plus de contrôles au niveau des institutions, ce qui est une bonne chose en soi, des disfonctionnements et même des mauvais traitements ayant fait la une des journaux quelques fois. Mais le problème est que tout le monde doit y être soumis, même celles qui travaillent sérieusement. Même nous qui sommes tout à fait privés sans aucune aide ni subsides des pouvoirs publics.
La responsabilité de ces contrôles revient au Secrétariat d’Action Sociale des préfectures (mairies) locales. Ces dernières années, nous avons donc reçu des visites non annoncées de membres de ce S.A.S., parfois même de la propre secrétaire. Et nous devons être à disposition pour les recevoir quelle que soit l’heure à laquelle elles arrivent, ce qui est parfois très perturbant au niveau des activités avec les enfants. Au début, j’avoue que ça me dérangeait profondément. Michel m’avait fait promettre de ne jamais laisser la préfecture intervenir chez nous, ce que j’avais promis. Mais là, je n’avais hélas plus le choix, et j’ai été obligée de rompre ma promesse.
Nous sommes maintenant obligés de nous soumettre aux contrôles et aux exigences du S.A.S. de la préfecture. Ils ont d’abord été bien clairs sur le fait que nous ne sommes pas une école, sinon nous dépenderions du Secrétariat d’Education. Nous ne pouvons donc plus suivre le calendrier scolaire. Nous ne pouvons pas fermer, même pendant les vacances. Et nous ne pouvons plus appeler les membres de notre équipe pédagogique « professeurs », elles sont maintenant « éducateurs ou éducatrices sociales ».
Les deux semaines de vacances d’hiver, la deuxième quinzaine de juillet, lorsque Michel rentrait d’ailleurs toujours en Belgique, profitant de l’absence des enfants, ne peuvent désormais plus être des vacances chez nous, nous devons continuer notre travail quotidien avec les enfants qui sont eux en vacances scolaires.
Et normalement, nous ne pourrions plus donner de vacances en janvier non plus, lors des grandes vacances d’été. Nous devrions donner leurs vacances aux professeurs dans le courant de l’année, à tour de rôle ! Cela montre qu’ils n’ont aucune notion de notre travail auprès des enfants. Chaque membre de notre équipe est important, et nous ne pouvons pas nous permettre de nous passer de deux ou trois personnes à tour de rôle pendant l’année. Sur ce point, j’ai été très claire auprès de la secrétaire lors de sa dernière visite en novembre dernier. Je ne cèderai pas en ce qui concerne les vacances de janvier. Tout notre personnel a besoin de prendre ses vacances et de se reposer, et ce n’est possible que lorsque les enfants sont eux aussi en vacances au niveau des écoles.
Pour répondre à l’argument que nous ne pouvons pas fermer Crianças do Mundo, je lui ai répondu qu’en 39 ans, nous n’avons JAMAIS fermé nos portes, même pendant les vacances. Et que si un enfant se présente pendant ces vacances parce qu’il a besoin d’aide, je serai là pour l’accueillir puisque j’habite sur place. Il y aura toujours quelqu’un pour recevoir un enfant dans le besoin.
Une autre exigence de leur part à laquelle nous sommes obligés de nous soumettre : l’inclusion d’un certain nombre d’enfants « atypiques » comme ils sont appelés ici. Ce sont les enfants souffrant d’un trouble psychologique comme l’autisme, le TDAH, le TOD... Là aussi, ce ne fut pas évident pour nous, car notre équipe n’était pas préparée à s’occuper de ce genre d’enfants, même si elle est très compétente. Il a donc aussi fallu nous mettre à jour à ce niveau-là, suivant des conférences sur le sujet, recevant des personnes chez nous pour nous en parler et nous y aider. Au début, ce fut difficile, mais nous nous sommes adaptés, une fois de plus. J’aurai l’occasion de vous en reparler.
Pour pouvoir fonctionner et continuer notre travail avec les enfants, nous devons actuellement recevoir le CEBAS : Certificat d’Entité de Bienfaisance et d’Assistance Sociale. Ce certificat nous est concédé seulement si nous répondons à toutes les exigences du Secrétariat d’Action Sociale. Nous devons donc respecter le mieux possible ces exigences, au risque de devoir fermer nos portes. Voilà, je trouvais important de vous mettre au courant de tous ces changements qui ne sont pas toujours faciles à accepter, mais qui sont notre nouvelle réalité. Alors nous nous adaptons, toujours et toujours.
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