lundi 26 avril 2021

Le COVID a perdu... mais de peu!!

Certains d’entre vous se souviennent peut-être de Ramon, un de nos enfants internes, accueilli chez nous à l’âge de 10 ans. C’était en 1995. Petit résumé de sa vie pour ceux qui ne l’ont pas connu à l’époque. Ramon est né dans l’état de Bahia, à Salvador. Son père quitte la maison, abandonnant sa famille. Sa mère le maltraite tellement qu’il fuit de la maison à l’âge de 7 ans. Retrouvé par la police, il est envoyé par le juge chez une tante qui habite l’état de Minas Gerais. Il n’y reste qu’un an et demi, sa tante trouvant trop lourde sa présence chez elle. Et il est finalement envoyé chez ses grands-parents paternels, dans notre ville de Coronel Fabriciano. Malheureusement, son calvaire n’est pas terminé. Il est maltraité par ses grands-parents, jusqu’au jour où, rentrant de l’école, Ramon trouve le peu de vêtements qu’il possède jetés dans la rue. Ses grands-parents lui crient par la fenêtre de s’en aller, qu’ils ne veulent plus de lui. Ramon a alors 10 ans ... Il a heureusement entendu parler de Crianças do Mundo par certains enfants de l’école. Il vient, seul, sonner à notre portail pour demander si nous n’aurions pas une place pour lui. Vous imaginez bien quelle est notre réponse, sans aucune hésitation.

Ramon vit parmi nous pendant une bonne quinzaine d’années. Pas toujours facile, ce qui est compréhensible vu l’enfance qu’il a vécue, il évolue cependant très bien et se montre un enfant très intelligent, terriblement volontaire et indépendant. Très bon élève, il se forme Ingénieur mécanicien à l’université à l’âge de 24 ans. Rapidement, il trouve du travail, parfois pour des contrats de quelques mois, parfois plus longtemps, un peu partout dans le Brésil. Il se fait une bonne expérience professionnelle pendant une dizaine d’années, lorsqu’en juillet 2020, il est engagé comme ingénieur à la compagnie “Vale”, une des plus grandes sociétés minières au monde, comptant près de 80.000 travailleurs. C’était un peu le rêve de Ramon et il y parvient enfin. Le côté un peu difficile : il est engagé pour aller travailler dans une nouvelle installation minière et pour cela, il doit partir dans l’état du Pará, dans le nord du Brésil, à près de 2.000 kms de chez nous. C’est dur, pour lui et sa jeune femme Renata, qui ne peut le suivre là-bas pour diverses raisons. Et pour nous, car nous sommes très attachés à lui et il va beaucoup nous manquer. C’est Ramon qui a été tellement présent et nous a tant aidés lors de la phase critique de la maladie de Michel il y a 4 ans, suite à une quatrième opération dont la récupération a failli être fatale. Il s’est montré à l’occasion plus qu’un fils, revenant vivre chez nous pendant 6 mois pour nous aider, Michel et moi. Sa façon à lui de nous rétribuer tout ce que nous avions fait pour lui, mais une attitude qui nous a profondément touchés et unis à lui encore davantage. Alors le voir partir ainsi au loin, c’est dur. Mais nous acceptons bien sûr, car nous savons que c’est une opportunité professionnelle formidable pour lui. 

En juillet 2020, Ramon part donc pour Carajás, dans l’état du Pará. La pandémie du Covid 19 bat son plein et la situation au Brésil est catastrophique. Ramon travaille partiellement sur le terrain et en majorité en télé-travail depuis l’hôtel où il est logé provisoirement par sa société. Nous sommes régulièrement en contact avec Ramon, grâce au service whatsapp de nos smartphones, moyen de communication si important lorsque l’on est distant de ceux que l’on aime. Le jeudi 3 décembre, en retrouvant Ramon pour bavarder un peu avec lui le soir, nous sentons qu’il ne va pas bien. Il tousse beaucoup, mais il nous rassure en nous disant qu’il a fait le test Covid, et que le résultat est négatif. Mais les jours suivants, son état empire et nous insistons pour qu’il aille à l’hôpital, ce qu’il finit par faire le lundi 7 décembre tellement il se sent mal. Il est examiné, fait quelques examens et le médecin n’hésite pas : il hospitalise Ramon sur le champ. Son état est déjà très sérieux : 39,5 de fièvre, douleurs terribles dans tout le corps, forte toux et les poumons déjà bien atteints,  entre 35 et 50%. Ramon est pris en charge et mis sous oxygène. Malheureusement, son état ne fait qu’empirer et le mercredi 9 décembre, il est transféré dans un autre hôpital mieux équipé. Sa société suit de près l’évolution de l’état de Ramon et c’est elle qui organise son transfert. Malgré tous ces efforts, Ramon ne va pas mieux, au contraire. Et finalement, le vendredi 11 décembre, les médecins de l’hôpital admettent qu’ils ne peuvent plus aider Ramon, par manque de moyens adéquats. Son état est trop sérieux et très inquiétant. Ils sont en contact permanent avec le médecin de la société où Ramon travaille, et ce dernier prend la décision de transférer Ramon une nouvelle fois. Cette fois, il sera transporté par avion médicalisé dans l’état voisin, Goias. Mais il faut l’intuber sinon il risque de ne pas supporter le voyage. Pendant tous ces jours-là, nous sommes en contact avec Ramon et Renata, suivant de près les événements. Et ce vendredi 11 décembre au soir, Ramon nous écrit vite un petit message : “Ils vont me mettre dans le coma et m’intuber. Ils vont me transporter ailleurs. Je vous embrasse. Je vous aime”. Cela sonne comme un adieu et ça fait mal. Impossible de décrire l’angoisse qui nous étreint. Nous lui répondons vite un petit message, mais il ne le voit déjà plus... Trop tard...Il est dans le coma ! Peu après, Renata nous téléphone. Elle nous dit que le médecin de la société de Ramon a pris contact avec elle et que Ramon sera transféré à l’hôpital Albert Einstein de Goiânia, capitale de Goais. Nous la sentons elle aussi terriblement inquiète et elle nous annonce qu’elle va partir à Goiânia.  Lorsqu’elle en a parlé à son lieu de travail, une banque, son directeur, très compréhensif, a non seulement été d’accord, mais lui a en plus réservé et payé le billet d’avion. Compréhension, générosité, solidarité ... combien ces qualités sont précieuses dans des moments si pénibles! 

Renata prend donc l’avion pour Goiânia le samedi matin, après avoir fait 5h de bus pendant la nuit jusqu’à notre capitale Belo Horizonte. En attendant son vol, elle reçoit un message du médecin de la société, lui annonçant que Ramon a fait son entrée à l’hôpital de Goiânia à 5h45 ce samedi matin. Elle-même arrive à l’hôpital le samedi à 11h30 du matin. L’équipe des soins intensifs est adorable et l’informe régulièrement de l’évolution de l’état de Ramon. Renata est en communication constante avec nous et nous transmet les informations. Ramon reste intubé jusqu’au dimanche 13 décembre. Son état évolue favorablement et les médecins décident de l’ôter de l’intubation, le laissant simplement sous oxygène pour aider ses poumons à récupérer. Ils sont agréablement surpris de l’évolution rapide de Ramon. Le virus a attaqué Ramon violemment et l’a envoyé en soins intensifs, dans le coma et intubé, en quelques jours. Mais heureusement, Ramon est un battant et il récupère très vite également. Sa jeunesse et son bon état de santé l’y aident certainement. Une fois sorti du coma, nous pouvons à nouveau communiquer avec lui par message, l’infirmière des soins intensifs nous permettant même de lui parler à certains moments. Quel soulagement de le revoir, vivant! En quelques jours, Ramon sort des soins intensifs pour une chambre et la semaine suivante, il est même libéré de l’hôpital. Il a perdu 10 kgs! Il passe 2 jours à l’hôtel avec Renata, afin de retrouver davantage de forces pour faire le voyage jusqu’à la maison. Il a reçu un mois de congé de convalescence. Il doit continuer les médicaments prescrits et la kinésithérapie respiratoire, car ses poumons ne sont pas encore guéris.

Aujourd’hui, 16 mars 2021, Ramon va bien. Il y a maintenant 3 mois qu’il a été attaqué par le Covid 19 et qu’il a failli en mourir. Trois mois de lente récupération et de reprise du travail. Mais encore aujourd’hui, Ramon sent qu’il n’a pas retrouvé sa forme physique d’avant la maladie. Il est vite fatigué et doit parfois s’octroyer des moments de repos. Ramon avait 35 ans lorsqu’il a contracté le virus. Sa jeunesse a certainement été un atout fondamental à sa récupération et sa guérison. Ce 6 mars 2021, il a eu 36 ans. Il est au Pará, loin de Renata, loin de nous, loin de tous. Nous lui avons bien sûr longuement parlé par message-vidéo. Lorsque nous lui avons demandé s’il comptait faire quelque chose de spécial pour son anniversaire, il nous a répondu que non, mais que ça n’avait aucune importance. Pour lui, le simple fait d’être passé par toutes ces souffrances et d’en être sorti vivant, c’est le plus beau cadeau qu’il puisse recevoir. Pendant son séjour de convalescence près de chez nous, il nous a dit un jour qu’il était vraiment heureux de s’en être sorti, mais qu’il avait eu beaucoup de chance. Sa société a pris tous les frais en charge, l’hospitalisant dans un excellent hôpital privé, un des meilleurs du Brésil. Dans le cas contraire, il ne serait plus là. Il a ajouté qu’il était triste de savoir que les dizaines de milliers de brésiliens décédés du Covid 19, n’ont pas eu sa chance. Qu’ils sont morts faute de soins adéquats dans les hôpitaux publics, soins auxquels ils auraient, eux aussi, dû avoir droit. Et que ce n’est pas juste ... Cette expérience a profondément marqué Ramon.

 C’est le même !!!


Le Brésil continue aujourd’hui de compter ses morts. Nous vivons le pire moment de la pandémie. En ce 16 mars 2021, 279.602 personnes sont décédées. Chacune de ces personnes manque à ses proches. C’est un père, une mère, un fils, une soeur, des grands-parents ... Nous avons ressenti dans la peau l’angoisse et la souffrance de presque perdre un fils. Nous avons eu la chance de le voir sauvé. Mais ces dizaines de milliers de gens, n’ont pas eu la même chance. Et nous souffrons pour eux, car nous imaginons leur douleur. En ce moment, le Brésil perd entre 1.500 et 2.000 personnes tous les jours, 10.000 rien que la semaine dernière. Les scientifiques alertent que, si rien ne change dans la politique sanitaire au Brésil, il peut y avoir autour de 500.000 morts. A chaque fois que nous entendons les chiffres, ça nous fait froid dans le dos et ça nous touche, profondément. Car nous nous mettons à la place de toutes ces familles, qui ne reverront plus jamais ceux qu’ils aiment. La crise est profonde, dramatique, catastrophique dans ce beau pays qu’est le Brésil. Et nous ne pouvons qu’espérer une amélioration de la situation. Notre Ramon est sauvé et nous souhaitons la même assistance et le même bonheur à beaucoup d’autres. Tous le méritent!

Evelyne


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