mardi 19 mars 2013

L'amour qui sauve!

Nous sommes début  novembre 2012. La fin de l’année approche, tout comme la fin d’année scolaire au Brésil. Le second semestre a été bien difficile et fatiguant pour toute notre équipe pédagogique, plusieurs professeurs manquant à l’appel, et chacun fait un effort spécial, puisant un maximum de ses forces pour terminer au mieux les 2 mois qui restent. Normalement, en cette période de l’année, nous n’accueillons plus de nouveaux enfants, car il reste trop peu de temps avant les vacances. D’autant moins cette année, vu les difficultés.

Mais le 7 novembre apparaît un petit bonhomme de 8 ans, Marcelo, qui semble avoir très envie d’entrer chez nous. Il a beaucoup entendu parler de  Crianças do Mundo par d’autres enfants et lui aussi veut en faire partie. C’est son grand-père qui l’amène pour faire l’inscription car c’est avec lui qu’il vit. Pendant l’entrevue d’inscription, Michel s’aperçoit bien vite que le cas de Marcelo requiert une attention spéciale, et il décide d’accueillir le petit bonhomme tout de suite, malgré la situation délicate du moment.

Nous accueillons donc le petit garçon et bien vite, celui-ci s’adapte au milieu des autres enfants. Marcelo est un gentil petit bonhomme, tranquille et obéissant. Il ne donne pas de travail de comportement , mais au niveau scolaire, c’est un peu la catastrophe. Il ne sait ni lire, ni écrire et ne connaît rien en mathématique. Une fois de plus, nous nous demandons ce qu’il a fait à l’école jusqu’à présent. Comme il reste peu de temps en cette fin d’année, notre professeur d’alphabétisation prend Marcelo en charge pour essayer de lui enseigner un minimum et le travail se poursuivra plus intensivement l’an prochain.


En cette fin janvier 2013, tous nos enfants reviennent après un bon mois de vacances. Toute notre équipe est déjà de retour depuis quelques jours pour les accueillir. Notre petit Marcelo manque à l’appel. Nous attendons 2-3 jours et comme il n’apparaît toujours pas, je me rends chez lui pour savoir ce qui se passe. C’est l’occasion de voir son milieu de vie. J’arrive chez son grand-père et celui-ci est présent avec Marcelo. La maison dans laquelle ils vivent est vraiment très pauvre. Trois petites pièces, la terre battue comme sol, presque pas de meubles, la misère. Quand je demande pourquoi le petit n’est pas revenu à Crianças do Mundo, il me dit qu’il était chez sa grand-mère à la campagne pendant les vacances, un petit village à une quarantaine de kilomètres de Coronel Fabriciano, et qu’il vient seulement de revenir. Marcelo était tout content d’être chez elle et a voulu prolonger au maximum. Nous bavardons un peu et le grand-père me promet d’envoyer Marcelo à Crianças do Mundo dès le lendemain. Mais les deux jours suivants, toujours pas de Marcelo à l’appel. Je retourne donc chez lui et le grand-père me dit qu’il s’éveille trop tard le matin pour prendre notre bus. Cela dure ainsi plusieurs jours. Quand j’y retourne une troisième fois, un lundi, j’apprend que Marcelo a déménagé. Il vit maintenant chez sa grand-mère, Fátima, qui est venue de la campagne pour s’occuper du petit. Comme elle est séparée de son mari, elle s’est installée quelques maisons plus loin. Je me rends donc chez la grand-mère et j’y trouve effectivement Marcelo. Elle m’explique qu’elle a décidé de quitter son village, car elle était préoccupée par le petit. Son grand-père seul ne s’en occupe pas bien et en plus, un de leurs fils d’une trentaine d’années vit là aussi et perturbe la vie à la maison car il boit et se drogue. En cette fin de semaine, il a fait une crise terrible après avoir bu et il a tout cassé autour de lui. Elle venait justement d’arriver et a tout de suite pris Marcelo chez elle pour le soustraire à tout ça. C’est pour ça qu’il n’est pas allé à Crianças do Mundo, car il était encore un peu choqué par la crise de son oncle la veille.  Je lui dis que je comprends et que nous attendrons le petit dès le lendemain. Elle me promet qu’il ne manquera plus, elle y veillera.
Depuis ce jour-là, Marcelo ne manque effectivement plus ni chez nous ni à l’école. Il est beaucoup plus souriant et détendu, on le sent heureux d’avoir retrouvé sa grand-mère. Je retourne la voir un autre jour pour connaître un peu mieux la vie du petit garçon. Ça nous aide toujours à mieux comprendre les enfants, quand on sait tout ce qu’ils ont déjà vécu dans leur courte vie. Je retrouve Fátima et nous bavardons un peu. Je lui demande si elle veut bien me raconter un peu l’histoire de Marcelo et elle accepte sans problème. Fátima a eu 11 enfants, et la mère de Marcelo est sa plus jeune fille. Elle m’avoue que celle-ci n’en faisait qu’à sa tête et menait une drôle de vie. Quand elle a accouché de Marcelo, elle n’en a pas voulu et est partie, l’abandonnant à sa mère. Quant au père, personne ne sait qui il est. Fátima a donc élevé Marcelo depuis sa naissance, dans son petit village d’Antônio Dias. Quand Marcelo  commence à aller à l’école, ça se passe bien au début, mais après quelques mois, des plus grands élèves se mettent à le persécuter, tant à l’école qu’à l’extérieur. Au bout d’un certain temps, le petit ne le supporte plus  et sa grand-mère ne trouve d’autres solutions que de l’envoyer chez son grand-père à Coronel Fabriciano. C’est ainsi qu’il se retrouve là, sans sa grand-mère qu’il adore et avec qui il vit depuis toujours. C’est bien dur pour le petit garçon et c’est pourquoi il aime tant aller chez elle pendant les vacances. Lorsque Fátima apprend les problèmes qu’il y a chez le grand-père, elle décide donc de venir et de s’occuper du petit. Et la voilà donc à nouveau responsable de son petit-fils. Je lui promets que nous serons à ses côtés pour l’aider à s’occuper de Marcelo et l’aider elle aussi en cas de besoin. Je me rends compte qu’elle est bien pauvre elle aussi. Je la quitte en lui promettant une autre visite bientôt.
Voilà notre petit Marcelo avec nous depuis 6 mois maintenant. Il est heureux comme tout parmi nous et nous sommes ravis de l’avoir accueilli. C’est un enfant sans père, rejeté et abandonné par sa mère, et qui pourrait être révolté, perturbé et difficile. Mais au contraire, grâce à l’amour et au dévouement de sa grand-mère, c’est un chouette petit bonhomme aimé de tous à Crianças do Mundo. Nous espérons l’avoir encore de nombreuses années parmi nous et pouvoir l’aider à se préparer un avenir heureux, loin de la misère et qui sait, à pouvoir aider à son tour sa grand-mère qui fait tant pour lui. Un jour, je lui ai demandé s’il se plaisait bien chez nous et s’il voulait y rester encore longtemps. Le petit Marcelo m’a répondu, le visage rayonnant et un grand sourire aux lèvres : “ Oh oui! Crianças do Mundo est la chose “la plus bonne” qui me soit arrivée dans ma vie! Je resterai avec vous toujours!” Chouette, non?                      
                                                     
♥♥♥   Evelyne  ♥♥♥

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