Nous sommes le 18 août. En rentrant de la ville, je croise à notre grille d’entrée une femme qui sort de chez nous. En l’observant rapidement en passant, je vois une femme d’une maigreur effrayante, la peau et les os ! Je m’arrête au bureau en arrivant pour m’informer sur cette pauvre femme. Léia me dit qu’elle s’appelle Raquel et qu’elle est venue demander une place pour mettre sa petite fille de 9 ans, Luiza.
Lorsque Léia me dit les deux noms, un souvenir me revient en tête. Lors des inscriptions de janvier, une maman qui s’appelait Raquel, avait demandé de pouvoir venir inscrire sa petite fille Luiza, mais lors des deux rendez-vous que nous lui avions fixés, elle ne s’était pas présentée. J’avais donc donné la place à une autre petite fille.
Après avoir vu Raquel à la grille, je me dis que je ne peux pas les laisser comme ça, elle et sa petite fille. Léia qui l’a reçue au bureau me dit qu’elle a souffert énormément dans les mains d’un mari très violent, qui la battait sans cesse devant la petite Luiza. Sur l’insistance de sa soeur, craignant qu’un jour il ne la tue, Raquel a fini par le dénoncer et il lui est maintenant interdit de s’approcher à moins de 300m d’elle.
Raquel n’a aucun revenu, à part l’allocation familiale, et certains jours, elle n’a rien à donner à manger à sa petite. Celle-ci mange heureusement un peu à l’école. Pas étonnant que Raquel soit aussi maigre. Elle a 45 ans, mais la pauvre en paraît 60.
Je décide donc d’accueillir Luiza et je préviens Raquel qu’elle peut me l’amener pour l’inscription le lendemain à 14h, la petite allant à l’école le matin. Elles se présentent toutes les deux le lendemain, mais bien plus tôt que prévu. Lorsque je descends du centre d’activités à 12h45, après avoir été dire au revoir aux enfants du matin qui partaient à l’école, je vois en passant devant le bureau la tête d’une petite fille à la fenêtre. Luiza était déjà là avec sa maman depuis midi et demi ! Je m’arrête donc au bureau et je décide de faire l’inscription de Luiza tout de suite. Je n’allais pas les laisser attendre jusque 14h. Raquel me dit que Luiza était tellement anxieuse et qu’elle avait si peur d’arriver en retard, qu’elles sont venues beaucoup trop tôt !
Je reçois donc Luiza et je bavarde avec elle, lui posant plusieurs questions auxquelles elle répond sans problème. Mais quand je lui pose, volontairement, une question sur son père, elle baisse la tête et ne répond pas. Je n’insiste bien sûr pas. Luiza a manifestement de gros problèmes d’apprentissage, sans doute à cause de tout ce qu’elle a vécu de traumatisant chez elle. Elle a 9 ans et est en quatrième primaire, mais elle a beaucoup de mal à écrire son nom. Nous avons heureusement une très bonne professeur en alphabétisation. Luiza est anxieuse et un peu agitée, et elle parle beaucoup. Elle a manifestement très envie d’entrer chez nous. A l’école, elle est dans la même classe que deux de nos filles, et elle entend donc beaucoup parler de Crianças do Mundo. Elle me demande si elle va pouvoir entrer chez nous, et ajoute qu’elle en meurt d’envie. En principe, nous n’accueillons pas de nouveaux enfants en cette période de l’année, mais je vais faire une exception pour Luiza. Non seulement elle en a très envie, mais en plus elle en a vraiment besoin et chez nous, elle va pouvoir évoluer à tous niveaux. Quand je lui dis, en la regardant droit dans les yeux, qu’elle peut entrer chez nous dès le lendemain, elle saute de joie, fait le tour de mon bureau et vient m’embrasser en me serrant très fort, disant merci, merci, merci ! Qu’est-ce que ça me touche de voir le bonheur et la joie de cette petite ! Ça fait un bien fou !
Je retourne au bureau central où la maman de Luiza l’attend en bavardant avec Léia. Lorsque je lui annonce que sa petite fille sera accueillie chez nous dès le lendemain, les larmes lui viennent aux yeux et elle me remercie en serrant très fort mes mains dans les siennes. Voilà notre raison d’être, donner un peu de bonheur à ceux qui en ont vraiment besoin, et leur apporter toute l’aide possible pour les sortir de leurs conditions misérables et les soulager d’un quotidien pénible.
Luiza entre donc chez nous le jeudi 20 août. Elle est très bien accueillie par nos autres petites filles, surtout qu’elle en connaît déjà plusieurs qui sont dans la même école qu’elle. Luiza n’est pas du tout timide et s’intègre tout de suite parmi les autres. Elle est impatiente de recevoir ses uniformes et elle insiste tellement que je l’emmène avec moi après le dîner pour les lui donner. Pendant qu’elle essaye ses uniformes, elle bavarde sans arrêt et me pose beaucoup de questions sur Crianças do Mundo. Elle me redit combien elle est heureuse d’y être accueillie et qu’elle sent qu’elle va bien s’y plaire !
Cela fait maintenant un mois et demi que Luiza est parmi nous. C’est une petite fille agitée, mais obéissante et gentille avec tout le monde. Elle est très affectueuse et à chaque fois qu’elle me rencontre, ce qui est fréquent puisque les filles sont dans la maison où je vis, elle vient m’embrasser et me remercie encore parfois de l’avoir accueillie chez nous. Elle semble vraiment heureuse, est toujours souriante et participe avec enthousiasme à toutes les activités proposées. Elle a effectivement de gros problèmes d’apprentissage, mais notre équipe va l’aider à les surmonter. L’essentiel est de voir le bonheur de Luiza et son sourire rayonnant. Nous allons l’aider à oublier toutes les scènes horribles auxquelles elle a assisté, et nous allons aider sa maman à pouvoir prendre bien soin d’elle-même et de sa petite fille. Nous lui fournirons déjà un colis alimentaire chaque mois ; au moins, elles pourront manger à leur faim. Et quand sa maman sera plus forte, elle pourra travailler pour encore améliorer leur situation. Ce sera un vrai bonheur pour nous aussi de voir Raquel et Luiza heureuses. Nous sommes sur le bon chemin !

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