vendredi 20 mars 2020

Inondations et désespoir

Nous sommes le samedi 25 janvier. Depuis quelques jours, la pluie est arrivée, non seulement dans notre région, mais dans toute la région sud-est du Brésil, et principalement dans notre état de Minas Gerais. Des pluies abondantes, comme nous n’en avions plus eu depuis plusieurs années par ici.


Ce samedi fatidique amène le chaos dans de nombreuses villes. Notre capitale Belo Horizonte voit toutes ses villes périphériques subir une destruction terrible, et même le centre-ville est submergé par des inondations historiques. 57 personnes meurent dans l’état de Minas Gerais, victimes d’effondrements de collines qui enterrent des familles entières, ou emportées par les eaux.
Dans notre ville de Coronel Fabriciano, ce samedi 25 janvier amène une pluie torrentielle de plus de deux heures, amenant le chaos dans beaucoup de quartiers. L’accumulation des pluies des derniers jours, associée à ce déluge de 2h, oblige les responsables d’un barrage (Centrale hydroélectrique) situé à une quarentaine de kilomètres de notre région, d’ouvrir les portes et de libérer des millions de mètres cubes d’eau. Toute cette eau dévale dans la rivière qui traverse notre ville, et en 2h de temps, le niveau de cette rivière, déjà très haut à cause des pluies, monte de 4m et inonde tout un bidonville construit au bord de la rivière. Des dizaines de familles doivent fuir, avec pour seul bagage les vêtements qu’ils portent. Parmi ces familles, 10 de nos enfants du Centre d’Accueil que nous avons en ville, 10 petites filles entre 8 et 10 ans. Ce sont encore les grandes vacances d’été ici au Brésil.

Toutes les familles atteintes sont alors provisoirement relogées dans une école, où elles reçoivent l’assistance nécessaire des services sociaux de la ville. Quant à nous, nous prenons en charge l’accueil de jour de nos 10 petites filles, bien secouées par ce qui s’est passé. Elles passent la journée dans notre centre, bien entourées par notre équipe, et le soir, elles retrouvent leurs familles à l’école pour y dormir.

Pendant ce temps, toute notre équipe se mobilise pour récolter vêtements, couvertures, essuis, nourriture ... et nous centralisons le tout dans notre centre en attendant de pouvoir partager entre les familles.

Au bout d’une dizaine de jours, les pluies ayant cessé et l’eau ayant baissé, la rivière est retournée dans son lit. C’est le temps de constater les dégâts. Le quartier est ravagé, l’eau est montée à plus de 2m dans les pauvres habitations, le peu de mobilier qu’ils avaient est irrécupérable et ces pauvres gens, qui ne possédaient déjà pas grand chose, ont perdu le peu qu’ils avaient. La mairie se charge de récolter tous les détritus et les meubles détruits, entassés dans les ruelles. Et chaque famille, courageusement, entreprend le nettoyage de sa maison. Nous les aidons en leur fournissant tout le matériel de nettoyage nécessaire. Et une grande chaîne de solidarité se crée. Grâce aux réseaux sociaux, heureusement très utiles dans une telle situation, des tas de gens se mobilisent et aident les familles en leur apportant des vêtements, des meubles, des matelas, des aliments...

Quelques jours plus tard, je me rends dans ce quartier avec notre directeur pédagogique  José Maria. Nous visitons les 10 familles de nos enfants qui ont été victimes de ces inondations. Nous voulons une fois de plus les assurer de notre soutien et voir quels seraient les besoins encore existants. Le courage de ces familles pauvres nous impressionne toujours. Pas une ne se plaint, au contraire, elles remercient pour toute l’aide reçue. Elles nous remercient aussi pour toute l’aide que nous leur avons accordée, mais aussi pour notre préoccupation et notre solidarité, ainsi que pour notre visite qui les touche beaucoup. Nous allons continuer à suivre toutes ces familles de près, jusqu’à ce qu’elles aient repris pied et retrouvé un peu de sérénité.

Au même moment, à l’autre bout de la ville, dans les quartiers périphériques, les pluies abondantes ont également fait des dégâts. Inondations, éboulements de collines, routes abîmées, heureusement sans victimes fatales. Nous apprenons que la famille d’un autre de nos enfants est en grande difficulté. Leur maison a été bien endommagée par les fortes pluies et il y a peut-être un risque d’effondrement. Le petit Yan Paulo, 8 ans, est bien inquiet et nous décidons d’aller voir la situation sur place. Je m’y rends d’abord avec Fortunato, le chef de notre équipe d’ouvriers, afin qu’il évalue la situation et donne son avis professionnel. Nous rencontrons Gresione, la maman de Yan, qui nous montre sa maison. C’est une masure, dans un quartier très pauvre. Une fois de plus, je me dis que ce n’est pas juste pour des êtres humains de devoir vivre dans de telles conditions de misère. Nous avons vite fait le tour des quatre petites pièces et nous constatons que les pluies ont effectivement bien endommagé la maison. Le toit est en plaques d’amiante et beaucoup sont cassées, d’où l’eau qui pénètre partout quand il pleut. Les murs, très sâles et noirs de moisissure, sont fissurés en de nombreux endroits, des fissures qui s’élargissent de plus en plus d’après Gresione. Le sol de la petite pièce douche-toilette s’enfonce avec la pénétration constante de l’eau. Même s’il n’y a pas de risque d’effondrement immédiat, la maison a besoin de travaux pour être sécurisée. Je transmets toutes les informations à Michel à mon retour chez nous et nous décidons que nous allons aider la famille de Yan. Pendant une semaine, Fortunato et Eduardo, notre excellent maçon, vont faire tous les travaux nécessaires, afin de rendre la maison sûre et plus décente. Avec une petite touche finale importante : la peinture de tous les murs intérieurs de la maison, ce qui la rend beaucoup plus claire et agréable. Gresione, Yan et sa petite soeur Nicolly de 6 ans, sont tellement heureux qu’ils ne savent comment exprimer leur reconnaissance. Ils nous disent qu’ils ont l’impression de vivre dans une nouvelle maison. Leur bonheur fait plaisir à voir. Quant à nous, nous sommes heureux de savoir que cette petite famille va vivre enfin plus dignement.

Notre travail au Brésil consiste essentiellement à nous occuper des enfants défavorisés, abandonnés, maltraités par la vie. Mais cela peut aussi impliquer de temps à autre d’aider leurs familles, car en les aidant, nous rendons aussi ces enfants plus heureux. Yan vivait dans des conditions vraiment misérables et difficiles avec sa maman et sa petite soeur. Personne ne mérite de vivre ainsi, encore moins des enfants. Alors nous partageons notre aide à tous ceux qui en ont besoin, dans l’espoir de leur apporter un peu de sérénité et de bonheur. Et le résultat en vaut vraiment la peine!

Evelyne

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